UN VILLAGE DANS L’HISTOIRE

EVOLUTION DE LA POPULATION ROQUEFORTOISE

 AUX XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles.

 

Au XVIème siècle

En 1538, des prud’hommes se rendent à Roquefort dans le but d’établir une liste des possessions bâties dans le cadre de la recherche du diocèse de Narbonne

Ce document a été étudié par Bernard Péricon en 2007.

Voici donc la liste des vingt chefs de famille propriétaires à Roquefort des Corbières en 1538.

Certains de ces chefs de famille peuvent habiter des villages voisins tout en ayant des possessions à Roquefort.

Bien sûr, il devait y avoir d’autres familles dans le village mais n’étant pas propriétaires, ils n’étaient pas imposés et donc nous n’avons pas leurs noms.

Allaric Johan
Mestre Assemar Peyre
Benesset Glaudo
Benesset Johan
Benesset Gylem
Mestre Benesset Johan
Brynguye Johan
Capdevilla Peyre
Caussa Bertran
Caussa Johan
De Casseras Johan
Garygua Peyre
Maury Gautié
Reynaut Johan
Reynaut Anthoni
Reynaut Peyre
Monsieur de Roquefort (Guillaume Delom ?)
Salla Peyre
Serven Fransès
Vylla Estève

Que se passait-il à cette époque ?

En 1503, Louis XII envoie une armée en Languedoc, les espagnols prennent Leucate, puis La Palme, Treilles et Roquefort. Sigean est occupée et un violent incendie détruit une bonne part de la ville.

La même année, la peste est à Narbonne, il en sera ainsi en 1523, 1529,1530 et 1560.

En 1507, Narbonne est place frontière, en 1508, la vicomté de Narbonne est rattaché à la couronne de France.

En 1538, François 1er règne depuis 1515 et est en guerre avec l’Espagne de Charles Quint.

En 1547 François premier ordonne qu’une garnison de 3000 hommes occupe la ville de Narbonne.

Il y a une forte migration en provenance de Castres, Lavaur, St Pons, Rodez et du Rouergue.

En 1560, un nouvel incendie détruit en partie Sigean.

En 1565, Charles IX et sa mère Catherine de Médicis se rendent au château de Leucate pour voir la forteresse en construction. Le 7 janvier, ils couchent à Sigean.

En 1571, un hiver très rigoureux entraine le gel des arbres et des oliviers.

En 1573, les troupes protestantes de Coligny et Montmorency pillent la région à la recherche de vivres. Des « capitaines » commandent des bandes huguenotes. Ce sont des artisans ou des paysans qui ont pris les armes.

 

De la fin du XVIème à la fin du XVIIème.

Page du compoix de 1665.

Personnes citées dans le compoix de 1583
Personnes citées dans le compoix de 1665
Personnes citées dans la taille de 1680
COMPOIX DE 1583 COMPOIX DE 1665 TAILLE DE 1680
   
Jehan de Montredon, seigneur de Mattes Monsieur de Montredon, seigneur de Roquefort, de Mattes, le Lac et autres lieux Monsieur de Mattes
Alarique Catherine, veuve de feu Artes Pierre de Sigean.    
Delhom Paul (coseigneur de Roquefort) Monsieur Delom de Roquefort (coseigneur) Monsieur de Roquefort
Amigues Pierre    
Amyel François    
Azéma François (bayle pour noble Jehan de Montredon, seigneur de Mattes) François Azéma  
Azéma Jehan    
  Mme de la Roquete
Labarthe Anthoine Jean Barthe vieux Jean Barthe vieux
Jean Barthe jeune Jean Barthe jeune
André Barthe André Barthe
Bellissen Guillaume (Sire) Mademoiselle de Bellissen  
Breu Mathieu    
Causse Guilhem Barthélemy Causse Barthélémy Causse
Causse Mathieu (les héritiers de) Jean Paul Causse Jean Paul Causse
Causse Laurens    
Causse Cristol    
Causse Florens (les héritiers de) Héritiers d’Antoine Causse  
Capdeville Pierre    
Laffite Jehan, mari de Colh Anthonia, fille de feu Colh Barthélémy Jean Laffite Jean Laffite
Antoine Labou Antoine Labou
Héritiers du sieur Louis Cazalbon (assassiné en 1659) Mme de Saint Jean de Cazalbon
Gabriel et Christol Chafary (frères) Gabriel Chaffary
Arnaud Palaffré Arnaud Palaffré
Antoine Berthomieu Antoine Berthomieu
Caseres Jehane, veuve de Martrou Miquel    
Cazeres Jaquette, épouse de Cotancel Jehan    
Cazeres Jehane, épouse de Cotancel Pierre    
Cotancels Pierre et Jehan    
D’Angelz Domenge    
Paul Savignac Paul Savignac
  Barthélémy Savignac
Domenge/Dominique Castang (de Sigean, il a épousé en 1640 Marie Causse) Dominique Castang
François Terrade François Terrade
Arnaud Alexandre Arnaud Lissandre/Alexandre
  François Couderq
  Pierre Sarreuille
Daudé Marty (de Castelmaure)    
Dedon Pierre    
Delbosc Jehan (dit Mouroux)    
De Sanct Ramon Jehan    
Estève Loys Antoine Estève (fils de Louis ?) Jean Estève
Héritiers de Bernard Estève Jean Jacques Estève
  Jacques Estève vieux
  Jacques Estève jeune
  François Estève
Bernard Binos Bernard Binos
Jean Paul Carrière Jean Paul Carrière
Jean Nouvelles  
François Marty François Marty
Morat Pradal Morat Pradal
  Jean Balmigère
Fabre Estène Louis Fabre  
François Fabre François Fabre
Louise Fabre  
Forcade Bernard    
Guarrigue Loïze, veuve d’Aymeric Claude    
Guerre Bernard (de Leucate)    
Guiraud Jacme (de Sigean)    
Heritié Domenge    
Jean Chaynet Jean Chainet
Guillaume Sirven Barthélémy Sirven
Sirven Mathieu Gaspard Sirven Gaspard Sirven
Sirven Pierre Pierre Sirven Pierre Sirven
Sirven Jehan Jean Sirven Jean Sirven
Lemosi Miquel (maçon)    
Pene Riquette, veuve de Caseres Anthoine    
Reynaud Pierre    
Reynaud Pons    
Jean Suzanne Jean Suzanne
Armans Forcarand Armans Forcarand
Daniel Gouzy Daniel Gouzy
Bertrand Bosc Bertrand Bosc
Barthélémy Bosc Barthélémy Bosc
Antoine Molinier Anthoine Molinier
Pierre Deveze  
Barthélémy Devèse Barthélémy Devèse
Pierre Bastide Pierre Bastide
Thore Pierre    
Jacques Trappes Jacques Trapos /Trappes
Jacques Chabardès  
Paul Mailhac Paul Maihac
Jean Sauzède Jean Sauzède
  Jean Antoine Rousset
  Jean Delon
  Pierre Murel
  Catherine Bernade
  Guillaume Ganes
Le sieur de Pompadour de Montpezat  
Gaspard Delom (de Sigean, fils naturel de François Delom)  
Pierre Jacques (recteur de La Palme et propriétaire de la métairie de la « Borio Blanco » et du moulin à blé)  

 

Notes

Le compoix est un registre où la surface et la valeur des parcelles sont décrites et estimées. Ce document sert à établir l’impôt foncier. Bien sûr, les biens nobles n’étaient pas imposés seuls les biens ruraux pouvaient l’être.

La taille est un impôt direct, très impopulaire car les nobles le clergé et les bourgeois des grandes villes en sont exemptés. A l’origine, le terme désigne un « bâton de taille », une baguette de bois permettant de conserver la trace de valeurs chiffrées grace à des encoches qui marquent ces valeurs. Ce système est compréhensible par les personnes ne sachant ni lire ni écrire.

Il y avait 41 chefs de famille imposables en 1583, 51 en 1665 et 53 en 1680. Le village comptait 32 maisons en 1583, 38 en 1604, 48 en 1665.

Ce qui est intéressant, c’est qu’entre 1583 et 1665, dans un intervalle de 82 ans, la population du village a complètement changé car 23 patronymes ont disparu (en italique dans le compoix de 1583) alors que 25 nouveaux noms de famille sont apparus.

Entre 1665 et 1680, seules 8 familles (en italique) sont venues s’installer à Roquefort.

 

Page de la « taille » de 1680.

Que se passait-il à cette époque ?

Des opérations militaires ont lieu entre 1585/86 et aussi entre 1589 et 1592. Ce sont les « guerres de religion »

En 1590, les espagnols font le siège de Leucate, Bourcier de Barry, gouverneur de Leucate est du côté de Montmorency et des protestants. Il tombe dans une embuscade, il est fait prisonnier et emmené à Narbonne car les espagnols sont les alliés des catholiques. Françoise de Cézelli, épouse de Bourcier de Barry, assure héroïquement la défense de Leucate.

En 1592, la peste touche de 10% à 20% de la population de Narbonne mais Sigean semble avoir été épargnée. De nombreux narbonnais fuient la ville pour les villages.

En 1610, Henri IV a été assassiné.

En 1622, le pape Grégoire XV met en place le calendrier grégorien: l’année commence le 1er janvier et non plus le 25 mars. La même année voit la naissance de Jean-Baptiste Poquelin.

En 1625, la population de la France est estimée à 21 millions. En 1630, Sigean compte 1200 habitants environ mais en 1632/1633, la peste fait plus de 300 morts!

En 1635, Richelieu déclare la guerre à l’Espagne.

Le 29 Août 1637, les espagnols prennent Fitou et Treilles puis La Palme. Attaqué le 30 Août, le château de Roquefort résiste deux jours avant de capituler. Le duc d’Halluin rassemble une armée de 10 000 hommes et enlève le château le 25 septembre puis La Palme, les espagnols laissent plus de 2000 morts ou blessés.

En 1639, une nouvelle bataille entre français et espagnols a lieu à Roquefort.

Le 10 mars 1642, Louis XIII arrive à Narbonne, cinq jours après, le cardinal de Richelieu, malade et paralysé, loge dans la ville. Le cardinal décède en décembre 1642 et Louis XIII un an après en mai 1643.Le 21 avril 1642, Louis XIII se rend à Sigean où il couche dans la maison Ferrier.

La petite histoire dit que dans sa suite il y avait Jean-Baptiste Poquelin, pas encore connu sous le nom de Molière.

Molière revient à Narbonne en 1649, mais cette fois, il dirige une troupe de comédiens, il y séjourne à nouveau en 1656 avec sa troupe et donne en représentation « le dépit amoureux ».

Cherchant des fonds pour sa troupe, il rencontre Martin-Melchior Dufort, bourgeois de Sigean, chez qui il aurait logé en 1642, qui accepte de le financer.

 

Entre 1648 et 1651, des mauvaises récoltes causées par de fortes pluies provoquent la famine et des épidémies de peste, de choléra et de typhus multiplient la mortalité par quatre ou par cinq. Les pauvres se nourrissent de raves, de navets et de légumes sauvages. En 1652, la peste sévit à Narbonne et la hausse des prix entraine la disette. Les repas étaient peu variés: au lever un morceau de pain frotté d’ail, au déjeuner de la soupe de choux ou de fèves et le soir une bouillie de maïs, le milhas car cette plante venue du Nouveau Monde, commence à se répandre dans le Languedoc tout comme le haricot qui va changer les habitudes culinaires de la région et la création du cassoulet!

En novembre 1659, Louis de Cazalbon de Saint-Jean est tué, il est inhumé dans sa chapelle à Saint-Jean.

La même année, Gabriel Delom officier des gabelles et dont les ancêtres étaient seigneurs de Roquefort est lui aussi assassiné. Sa fille accuse Pierre de Pompadour seigneur de Villesèque. La famille de Pompadour était arrivée dans la région suite à la nomination de Hélie de Pompadour archidiacre de Carcassonne. Édouard de Pompadour épouse au XVe siècle la fille de R d’Auriac, seigneur de Villesèque et de Montpezat.

En novembre 1659, est signé le traité des Pyrénées, mettant fin à la guerre avec l’Espagne.

En avril 1660, Louis XIV, âgé de 22 ans, vient à Narbonne et chasse le canard à Sigean dans l’étang dit de Sainte Croix.

 

Maison Ferrier à Sigean.

En 1666, Pierre Paul Riquet est autorisé à creuser le canal des deux mers. Cela prendra 14 ans, de 1667 à 1681. Il est âgé de 57 ans, ce qui compte tenu de l’espérance de vie de l’époque, est un âge respectacle. Au début du règne de Louis XIV, un quart des enfants décède avant l’âge de un an, un autre quart décède entre un an et 25 ans et seul un quart atteind l’âge de 60 ans!

 

Au XVIIIème siècle.

 

Page du registre de capitation de 1753.

 

Registre de capitation de 1753 Compoix de 1759 Registre de capitation de 1768
Pierre Armentiers (fermier de M De Monteil, 2 valets) Armentiers Pierre Pierre Armentiers (ménager)
Bernard Armentiers (brassier) Armenties Bernard Bernard Armentiers (brassier)
  Avet jean Jean Abet (ménager 1 pasteur)
Paul Alexandre/Lissandre (laboureur, 2 pasteurs) Alexandre Paul Paul Alexandre (ménager)
Antoine Alexandre/Lissandre (laboureur) Alexandre Gabriel  
     
Veuve de Dominique Barthe    
     
André Barthe (laboureur, 1 pasteur) Barthe André André Barthe (ménager)
Antoine Berthomieu (laboureur) Barthélémy Antoine Antoine Berthomieu (brassier)
Bernard Bastide (brassier, 1 pasteur) Bastide Bernard Bernard Bastide (brassier)
  Bastide jean  
Bernard Bosc (brassier) Bosc Bernard Héritiers de Bernard Bosc (brassier)
Jean Bosc (brassier) Bosc Jean  
Marc Bosc (brassier) Bosc Marc Marc Bosc (brassier)
Paul Berthomieu (laboureur) Héritiers de Paul Barthélémy Veuve de Paul Berthomieu (ménager)
  Barthe Paul Paul Barthe (ménager)
Jean Berthomieu (laboureur) Barthélémy Jean Jean Berthomieu (brassier)
Pierre Berthomieu (laboureur) Barthélémy Pierre Pierre Berthomieu (ménager)
Pierre Balmigère (brassier) Balmigère Pierre Pierre Balmigère (brassier)
A la métairie de la Murelle : 1 valet, 1 servante. M Benoit (ancien archiprêtre)  
     
    Pierre Castaing/Castan (ménager, 1 domestique, fils de Jean)
Jean Castaing/Castan (laboureur, petit-fils de Dominique) Castan Jean Jean Castaing/Castan (ménager, 2 aides pasteurs)
Jacques Castaing/Castan (brassier, demi-frère de Jean et Raphael Castan) Castan Jacques Jacques Castaing/Castan (ménager)
Raphael Castaing/Castan (laboureur) Frère de Jean Castan.

 

Héritiers de Raphael Castan (décédé en 1756)  
  Castan François (fils de Raphael)  
     
Jean Crouzet (brassier) Crouzet Antoine Antoine Crouzet (ménager)
    Jean-Pierre Crouzet (majoural de Paul Alexandre)
François Causse (brassier) Causse François François Causse (ménager)
François Couderc (brassier) Couderc François François Couderc (brassier)
Jean Couderc (brassier) Couderc Jean  
Barthélémy Chainet (laboureur, 1 pasteur) Héritiers de Chainet Barthélémy  
  M De Saint Jean de Casalbon    (rural) Blaise Chauvet (ramonet de Saint-Jean)
  M De Saint jean de Casalbon (biens nobles) André Bringuié (majoural de Saint-Jean)
  La communauté  
  Les commandeurs  
     
  Delom Gaspard  
     
François Estève (brassier) Estève François  
  Estève Guilhaume Guilhaume Estève (brassier)
Veuve d’Antoine Estève (brassier)    
     
    François Fabre (ménager, 1 domestique)
Estienne Fabre (tailleur) Fabre Estienne Estienne Fabre (tailleur)
François Fauran (brassier) Fauran François François Fauran (brassier)
François Ferran (brassier) Ferran François  
Pierre Ferran (brassier) Ferran Pierre Jean Ferran (brassier)
Pierre Fresquet (brassier) Fresquet Pierre Pierre Fresquet (brassier)
     
Pierre Gouzy (hoste) Gouzy Pierre (vieux) Jean-Pierre Gouzy (brassier)
Pierre Gouzy fils Gouzy Pierre (jeune) Pierre Gouzy (brassier)
Pierre Gouzy fils Gouzy Pierre (fils d’Antoine) Pierre Gouzy (ménager)
     
Estienne Langoustet (brassier) Langoustet Estienne Estienne Langoustet (brassier)
Honoré Labou (brassier) Labou Honoré Honoré Labou (brassier)
  L’archiprêtre L’archiprêtre (1 servante)
     
Antoine Mailhac (laboureur, 1 pasteur) Mailhac Antoine Antoine Mailhac (ménager)
    Jean Baptiste Mailhac (majoural de la Murelle)
Bertrand Marty (brassier) Marty Bertrand  
François Molinier Moulinier François François Molignier (brassier)
     
Pierre Marty (fermier de M de Saint-Jean, 1 pasteur) Marty Pierre François Marty (ménager,1 domestique)
  Marty Barthélémy Barthélémy Marty (brassier)
    Antoine Marty (brassier)
    François Marty (brassier)
    Dominique Mas (pasteur)
  M De Monteil (biens nobles)  
  M De Monteil (rural)  
Veuve de Jean Miquel Héritiers de Jean Miquel La veuve de jean Miquel (brassier)
     
Michel Nouvelles (brassier) Nouvelles Michel Michel Nouvelles (brassier)
Veuve de Pierre Nouvelles (brassier) Héritiers de Pierre Nouvelles Veuve de Pierre Nouvelles (brassier)
     
    Antoine Pagès (majoural de Paul Alexandre)
Antoine Rasouls (journalier) Rasouls Antoine  
    François Richou (pasteur)
     
Jean Savignac (brassier) Savignac Jean  
  Héritiers d’Antoine Savignac  
Gabriel Sirven (brassier)    
     
François Villa (maréchal) Villa François François Villa (maréchal)

 

Page du compoix de 1759.

 

NOTES

La capitation est une taxe créée par Louis XIV en 1695 pour financer ses guerres et qui sera perçue jusqu’à la Révolution.

   Les laboureurs ou ménagers. Ils sont propriétaires de leur exploitation, quelle qu’en soit la taille. Ils sont leur propre maître et peuvent avoir même des employés (en dehors des travaux saisonniers). Certains peuvent être pauvres mais c’est quand même le plus souvent la catégorie la plus aisée. On emploie de plus en plus au long du XVIIIème le terme « ménager » pour désigner les plus aisés d’entre eux. Le mot « paysan » est aussi employé.

Les brassiers (plus ou moins équivalents à ouvriers agricoles). Ils peuvent parfois posséder une maison et un lopin de terre mais pas suffisant pour en vivre. Ils louent donc leur force de travail (leurs bras).

Le  majoural était le chef berger.

 Le ramonet en Occitanie était le régisseur employé à cultiver ou à faire cultiver par les     journaliers les biens du propriétaire. Il logeait dans un bâtiment annexe appelé ramonétage.

 Les commandeurs : sont désignés ainsi les biens appartenant à la commanderie d’Homs de l’Ordre de Malte.

 La communauté : c’est le bien géré par et pour le village.

En 1759, le village compte 67 maisons.

 

Que se passait-il à cette époque ?

Des trombes d’eau s’abattent sur la région en avril 1695 puis en juin de la même année, c’est une tempête de grêle qui sévit. La grêle détruit les récoltes au début juillet. En 1696, des épisodes climatiques extrêmes se succèdent.

En 1697, le gel durant l’hiver puis la sècheresse en avril et en mai  entrainent une pénurie de farine. En 1701, la sècheresse s’installe, en 1704, c’est pire encore, les puits tarissent.

L’ensablement du grau de la Nouvelle est une menace pour l’industrie du sel. Le 10 novembre 1704, la première pierre de la jetée de La Nouvelle est posée. Ce travail dirigé par Antoine de Niquet est à l’origine du port.

L’hiver de 1709 détruit l’oliveraie en Languedoc, le vin gela dans les tonneaux !

En 1709, Sigean et les cabanes de La Nouvelle comptent 1252 habitants.

En 1715, Louis XIV décède après 72 ans de règne.

En 1738, Monsieur de Monteil, déjà seigneur du Lac, de Villefalse et de Mattes achète à François Delom la moitié de la seigneurie de Roquefort. La même année, il profite des problèmes de succession de Balthazar de Montredon pour s’emparer de l’autre moitié. Il fait aussi l’acquisition de la seigneurie de Montpezat.

Construction du pont du Lac, entre 1746 et 1750.

En 1759, il y a 25 millions d’habitans en France.

Page du registre de 1768.

En 1774, fin du règne de Louis XV.

En 1776, les Etats du Languedoc décident la mise en exécution du projet élaboré par Vauban en 1684 et qui consiste à joindre le canal de Narbonne au Canal du Midi. Les travaux commencent en 1777 et le 28 octobre 1787, le canal de jonction de la Robine est inauguré.

En 1788, une crue du Rieu à Roquefort entraine la mort du troupeau de M Benoit à la Murelle. Dans une lettre, ce dernier incrimine le pont construit en 1744 qui n’est pas assez large et il demande sa reconstruction.

En 1790, la commune de Montpezat fusionne avec celle de Roquefort.

COMPOIX DE 1775

 LISTE DES PROPRIETAITAIRES PAR ORDRE DE FORTUNE

  • Monsieur de Monteil : 23 livres 17 sols 2 deniers (rural uniquement car ses biens sont estimés à 440 livres 7 sols et 7 deniers ¾).
  • Monsieur de Saint Jean de Casalbon : 39 livres 11 sols et 3 deniers ¼ pour le bien rural et 4 livres 7 sols et 10 deniers ½ pour les biens nobles.
  • Monsieur Benoit (ancien archiprêtre) : 33 livres 11 sols 4 deniers ½.
  • Paul Alexandre : 30 livres 10 sols 3 deniers ¼.
  • Jean Castan : 27 livres 2 sols 9 deniers.
  • Héritiers de Raphaël Castan : 17 livres 4 sols 2 deniers ½.
  • André Barthe : 15 livres 10 sols 11 deniers ½.
  • Héritiers de Paul Barthélémy : 15 livres 5 sols 10 deniers ¾.
  • Héritiers de Barthélémy Chainet : 14 livres 19 sols 8 deniers ½.
  • Pierre Marty : 14 livres 3 sols 5 deniers.
  • Pierre Armentiers : 13 livres 3 sols 7 deniers.
  • Paul Barthe : 12 livres 8 sols 1 denier ¾.
  • Pierre Barthélémy : 10 livres 16 sols 7 deniers ¼.
  • Gabriel Alexandre : 9 livres 19 sols 11 deniers.
  • Antoine Mailhac : 9 livres 14 sols 10 deniers ½.
  • François Fauran : 9 livres 1 sol 10 deniers ¾.
  • Bernard Armentiers : 8 livres 16 sols 11 deniers ½.
  • Les Commandeurs : 8 livres 16 sols 3 deniers.
  • Antoine Berthoumieu : 8 livres 10 sols 9 deniers ¼.
  • Jean Avet : 7 livres 19 sols 11 deniers ½.
  • Antoine Crouzet : 7 livres 18 sols 11 deniers ¼.
  • Jean Barthélémy : 7 livres 15 sols 11 deniers ¾.
  • François Causse : 7 livres 4 sols ¾ de denier.
  • François Villa : 6 livres 4 sols 8 deniers ¾.
  • Pierre Gousy (jeune) : 5 livres 14 sols 11 deniers ¾.
  • Pierre Gousy  (fils d’Antoine) : 5 livres 11 sols 7 deniers ¼.
  • Jacques Castan : 5 livres 10 sols 5 deniers ½.
  • Héritiers de Pierre Nouvelles : 5 livres 4 sols 2 deniers.
  • François Estève : 4 livres 18 sols 4 deniers.
  • Guillaume Estève : 4 livres 14 sols un denier ½.
  • Jean Couderc : 4 livres 7 sols un denier ½.
  • Estienne Langoustet : 3 livres 18 sols un denier ½.
  • Michel Nouvelles : 3 livres 17 sols 7 deniers ¼.
  • Bertrand Marty : 3 livres 17 sols 4 deniers ¾.
  • Bernard Bastide : 3 livres 16 sols un denier ½.
  • Honoré Labou : 3 livres 13 sols 5 deniers ½.
  • François Castan : 3 livres 13 sols 4 deniers ½.
  • Pierre Gouzy (vieux) : 3 livres 10 sols 7 deniers ½.
  • François Moligné : 3 livres 8 sols 3 deniers.
  • Marc Bosq : 3 livres 3 sols 8 deniers ¾.
  • Pierre Balmigère : 2 livres 12 sols 4 deniers ¼.
  • Pierre Ferran : 2 livres 8 sols 8 deniers ½.
  • Héritiers de Jean Miquel : 2 livres 6 sols 1 denier ¼.
  • Jean Bosq : 2 livres 2 sols 6 deniers.
  • Pierre Fresquet : 1 livre 18 sols 10 deniers.
  • Antoine Razouls : 1 livre 18 sols 4 deniers ½.
  • François Couderc : 1 livre 16 sols 3 deniers ¼.
  • Estienne Fabre : 1 livre 15 sols 9 deniers ¼.
  • François Ferran : 1 livre 14 sols 3 deniers.
  • L’Archiprêtre : 1 livre 7 sols 6 deniers.
  • Bernard Bosq : 1 livre 7 sols un denier ¾.
  • Jean Savignac : 1 livre 6 sols, ½ denier.
  • Héritiers de Gaspard Delom : 15 sols 11 deniers ¼.
  • Barthélémy Marty : 8 sols 11 deniers.
  • Héritiers d’Antoine Savignac : 6 sols 8 deniers ½.
  • Jean Bastide : 3 sols, ½ denier.
  • La Communauté : 1 livre 6 sols 3 deniers.

En 1787, Thomas Jefferson, ambassadeur en France et futur président des USA, dépeint ainsi dans son journal de voyage, les repas des travailleurs agricoles.

 » pain rassis, moitié de froment et moitié de seigle, le matin avec un anchois ou un oignon, à midi et le soir avec la soupe et les légumes à l’huile; le dimanche de la viande. Le tout arrosé de vin ou tout au moins de piquette. »

En 1787, un journalier agricole, classe la plus pauvre, gagne 16 sous par jour de travail.

 

COURTALS ET JASSES A ROQUEFORT DES CORBIERES EN 1775

 

Sur les cinquante cinq contribuables cités dans le compoix de la commune en 1775, vingt trois sont propriétaires d’un « courtal » ou d’une « jasse ». Cela signifie que pratiquement la moitié des chefs de famille du village possédait un troupeau d’ovins ou de caprins.

On compte dans le compoix trente six abris à moutons dont quinze « courtals » dans le village, souvent attenants à des maisons, dix « courtals » à l’extérieur du village, neuf  « jasses », toutes à l’extérieur et deux grottes servant d’abri pastoral.

Pour mesurer tous ces bâtiments, l’arpenteur utilisait un instrument «  la canne » aussi orthographié « cane ». La canne de Montpellier était divisée en huit pans et faisait 1 mètre quatre vingt dix huit de long.

Voici donc les noms de ces propriétaires ainsi que les lieux dits et la superficie des bâtiments.

 

Pierre Armentiers possédait un courtal au village d’une superficie de dix canes et quatre pans soit environ vingt et un mètres carré. Il avait aussi une jasse au « Camp dal Tay » et une seconde jasse à « Las Cours ».

Bernard Armentiers était propriétaire d’un courtal dans le village de douze canes, vingt quatre mètres carré et avait une jasse au « Camp dal Tay »

Jean Avet possédait un courtal au village de quinze canes soit trente mètres carré.

Paul Alexandre détenait au village un courtal de treize canes et quatre pans soit environ vingt sept mètres carré. Il possédait en outre un courtal de quarante six canes à la « Parets de Mattes » un second courtal de six canes aux « Clauzels », une jasse au lieu dit      «  La jasse de las Baques » (aujourd’hui la jasse des vaches, le v se prononçant b en occitan) et une grotte pastorale « la caune dal Baile ».

André Barthe était propriétaire d’un courtal de vingt et une canes dans le village.

Bernard Bastide avait une jasse de 24 canes au lieu-dit « Las lauses ».

Antoine Berthoumieu possédait une partie de courtal au lieu dit « Pech de Gardié » d’une superficie de quinze canes.

Jean Barthélémy avait dans le village un courtal de seize canes.

Les héritiers de Paul Barthélémy devaient se partager un courtal ruiné à Las Cours.

Paul Barthe possédait un courtal de vingt quatre canes dans le village aux « Baris Naus » ainsi qu’une jasse de trente canes au lieu dit « L’Auré Fred »

Pierre Barthélémy détenait une partie de courtal à Las Cours d’une superficie de douze canes.

François Causse était propriétaire dans le village d’un courtal de six canes et quatre pans.

Jacques Castan possédait un courtal dans le village.

Jean Castan avait un courtal au village d’une surface de treize canes ainsi qu’un courtal à Las Cours de soixante deux canes soit cent vingt mètres carré environ.

Les héritiers de Raphaël Castan devaient se partager les biens suivants ; un courtal au village de treize canes et quatre pans, une jasse au lieu dit « La Basse » de soixante canes, une seconde jasse de quarante deux canes à Las Cours et une bergerie de trente sept canes au chemin du Pla de la Lauze.

François Fauran était propriétaire d’un courtal de vingt canes dans le village.

Pierre Fresquet détenait une jasse de dix canes au lieu dit « Sous Roque ».

Pierre Gouzy (fils d’Antoine) possédait une jasse de trente canes au lieu dit « La Servaire ». On peut penser que l’orthographe actuelle est La Cerbeyre.

Pierre Gouzy (jeune) avait une jasse de sept canes à Las Cours.

Antoine Mailhac était propriétaire d’un courtal de vingt canes dans le village.

Pierre Marty possédait un courtal de douze canes dans le village.

Monsieur Benoit (ancien archiprêtre) détenait un courtal au lieu dit « La cabane Blanque » aujourd’hui la Murelle. Ce courtal était attenant à sa maison, à une écurie et à un four.

Monsieur de Saint Jean de Cazalbon était propriétaire d’un courtal de trente quatre canes attenant à sa métairie de Saint Jean.

Monsieur de Monteil, seigneur de Roquefort, possédait dans ses biens une métairie à Las Cours de quarante huit canes qui était soumise à l’impôt car faisant partie des « biens dits ruraux » alors que les « biens prétendus nobles » échappaient à l’impôt. Dans la liste des biens exemptés de la taille figuraient en plus du château au Roc de Saint Antoine de soixante canes, une écurie et casal joignant, un courtal de huitante canes au village et l’abri pastoral de « La Caune de la Clotte » de quarante huit canes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Vigne et le Vin en Gaule Romaine

 

Cet article est le fruit d’une recherche et d’un travail effectué par Mme Laurence Castan et ses élèves au Lycée A Lacroix de Narbonne.

Merci à eux pour leur contribution à notre site.

I-Un domaine agricole.

La vigne 1

La villa est une maison de campagne. Elle est constituée de trois parties majeures :

La pars urbana (l’habitation du maître)

La pars rustica (la partie agricole)

La pars fructuaria (les constructions vouées au stockage du produit des récoltes comme les caves, le grenier…).

Une villa rustica est donc un domaine agricole. Cet ensemble architectural est construit en dur, le plus souvent en mortier, en moellons, et en tuiles. Le tout selon un plan majoritairement rectangulaire. La pars urbana est régulièrement décorée à l’aide de peintures murales, de fresques, de mosaïques et parfois dotée de thermes.

La pars rustica comporte plusieurs bâtiments : la demeure du régisseur (villicus), les étables, les écuries, les poulaillers, la remise aux chariots, les greniers, les hangars et les divers ateliers du forgeron, du tailleur de pierre et du tuilier…

Le villicus, affranchi ou esclave, à qui le maître (dominus), un riche propriétaire, a confié l’administration et le bon fonctionnement du domaine est l’intermédiaire indispensable entre le domaine agricole et la ville.

A partir du milieu du 1er siècle après J.C., le nombre des villae recensées augmente beaucoup, l’occupation des sols cultivables est dense et homogène. La villa est un des symboles de la domination romaine sur les campagnes.

La vigne 2

II La culture de la vigne

Le terroir 

Les terres de la Gaule étaient réputées pour être particulièrement fertiles, car elles étaient bien moins arides que les terres romaines, en raison de la différence de climat.

La culture de la vigne, depuis longtemps implantée dans le Sud de la Gaule par les Grecs dès le VIème siècle av J.C., va s’étendre de plus en plus loin dans la Gaule : au Ier siècle dans le Bordelais, au IIème siècle en Bourgogne et au IVème siècle dans le Bassin Parisien.

 

Les différents plants

 

Pour obtenir une grande diversité de produits et pour lutter contre les difficultés d’ordre climatique, les producteurs commencèrent à créer de nouveaux plants. En effet, en croisant différentes variétés, on en obtient de nouvelles. Autour de Vienne, on élabora par exemple un vin à saveur de poix, qui était adapté aux climats froids.

Pline l’ancien vante les qualités de la Carbunica, une espèce dont la fleur ne dure qu’un jour, ce qui la protège des accidents. Elle est issue d’une vendange tardive : le vin était très capiteux ; on tordait le pédoncule quand le raisin était mûr et on laissait la grappe plusieurs semaines sur le cep où les grains se figeaient.

Les Bituriges (peuple gaulois, dans l’actuel Berry, qui a donné son nom à la ville de Bourges) mirent au point un autre plant : la Biturica, qui était fort résistante aux intempéries et réputée pour se conserver à merveille, avec un vin qui se bonifiait avec l’âge.

Le travail

Comme dans toutes les sociétés antiques, le travail de la terre occupe la majorité de la population. Le travail de la vigne (vitis) était réalisé avec un outillage de qualité assez varié : pour travailler la terre, on utilisait la charrue et l’araire, la houe, la herse à dents, la bêche, la pelle, les sarcloirs, les herminettes et les râteaux.

Pour améliorer la qualité des sols, on ajoutait de la chaux aux terres trop acides, et de la marne aux terres trop pauvres. Cela les rendait plus fécondes et augmentait la production des plants.

Pour la taille des plants, les forgerons avaient mis à la disposition des paysans des instruments d’excellente qualité, comme les faucilles et les faux :

Voici quelques conseils donnés concernant la taille de la vigne :

  • « Trois choses sont à considérer dans la taille des vignes : l’espérance du fruit, le bois qui doit remplacer celui qu’on retranche, et l’endroit du cep où l’on veut qu’il repousse.
  • « En taillant la vigne de bonne heure, on aura plus de sarments ; en la taillant plus tard, on aura plus de fruits.
  • «Taille de près ta vigne, si la vendange a été bonne, et, de moins près, si elle a été médiocre.
  • « Pour greffer, émonder ou couper, emploie des outils solides et tranchants.

 

Il existait différentes manières de planter la vigne : les vignes étaient plantées en rangées, et parfois en quinconce à l’intérieur des rangées, ou en carrés. Si l’on se réfère à Pline l’ancien, quatre méthodes étaient employées dans les vignobles : la vigne rampante qui, rabattue au sol, croissait à ras de terre ; la vigne dressée sans tuteur, qu’on laissait monter librement ; la vigne dressée sur échalas, et la vigne dite arbustive, car se développant sur un arbre ; on dit alors que les arbres sont mariés à la vigne « arbores maritae ».

Les vendanges étaient effectuées assez tard, pour que le raisin soit très mûr et contienne beaucoup de sucre car les vins saturés en sucre risquaient moins de tourner en vinaigre.

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III La fabrication du vin

Les vendangeurs déversaient le raisin dans un fouloir situé dans la cella vinaria : une cuve maçonnée pourvue d’un déversoir donnant dans une cuve de décantation

Dans certains cas, on foulait directement sur une aire située à côté du pressoir, sur un pavement fait de chaux et de briques concassées.

Après le foulage, on plaçait les grappes sous le pressoir et on les ceinturait d’une grosse corde progressivement déroulée. Le pressoir était constitué d’un tronc d’arbre horizontal, encastré dans un mur ou dans des montants de bois. Différents dispositifs utilisant un treuil ou une vis permettaient de soulever ou d’abaisser le tronc et de comprimer le marc.

Les Romains cherchaient à produire des vins blancs, tels le Falerne, et ils séparaient, dès le foulage, le jus du marc. Cependant, à cause de la chaleur ambiante, la fermentation commençait parfois dès le foulage : les peaux coloraient alors le vin, donnant des rosés, des clairets, voire des vins plus foncés. […]

En contrebas du fouloir et du pressoir, le moût s’écoulait sous l’effet de la gravité dans des cuves enduites de mortier fait de chaux et de tuiles pilées : la plupart des peaux et des pépins tombaient au fond. Des cuves, le moût était canalisé dans des rigoles vers des jarres enterrées jusqu’au col et disposées en rangées dans le cellier. […]

Après la fermentation, qui durait quelques jours, les jarres étaient bouchées, puis, lorsque le vin était prêt à être vendu, on le puisait ou on le pompait pour le transvaser dans des amphores.

D’après Jean-Pierre Brun, « Le Vin des Romains », Pour la Science, Mai 2003.

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Mosaïque du calendrier agricole, début du IIIème siècle, musée de St Germain-en-Laye, Provenance : St Romain-en-Gal: les vendanges.

IV Classement des différents vins

            Tout comme nos vins aujourd’hui, les vins romains étaient classés selon le prestige dû à leur composition. Les romains se servaient de différentes épices ou plantes utilisées pour leurs effets antiseptiques et aromatiques tel que le fenugrec. D’autres épices étaient destinées à masquer les défauts ou à relever les goûts des vins (iris, nards…). Lorsqu’on additionnait certains aromates le goût des vins pouvait totalement changer au point d’en faire des vins spéciaux, proches des apéritifs et digestifs d’aujourd’hui, souvent dotés de vertus médicinales.

Les romains mélangeaient différents vins entre eux, notamment quand un vieux vin devenait trop amer. Cela permettait d’accélérer les vieillissements des vins plus jeunes.

Voici quelques exemples de vins romains :

  • Picatum : Vin très prisé. C’est un vin poissé qui en passant de jarre en jarre avait un goût résineux. Les vins poissés étaient faits à base de moût traité par addition de poix ou de vins versés dans des amphores poissées. Pline l’ancien dit qu’il monte à la tête très rapidement. Il est très reputé à Rome et reconnu pour ses caractéristiques médicinales puisqu’il guérit les maux de poitrine, de ventre et réduit les luxations.

Passum : Vins doux et liquoreux à base de raisins confits.

Mulsum : dont Columelle donne la recette : «  Faites ainsi un très bon vin miellé : Tirez sans délai de la cuve du moût (…) qui aura coulé des raisins avant qu’ils n’aient été fortement foulés. Faites ce moût avec du raisin de vignes mariées aux arbres, et que vous aurez cueilli par un temps sec. Jetez dix livres de miel d’excellente qualité dans une urne de moût, et, après l’avoir soigneusement mêlé, emplissez-en une bouteille, enduisez-là de plâtre sans retard, et faites-la déposer sur une tablette. (…) Trente et un jours après, il faudra ouvrir la bouteille, décanter le moût dans un autre vase qu’on lutera1, et que l’on conservera sur le four. »

  1. Luter : boucher avec un enduit.

Columelle, De l’agriculture, livre XII,41 (Trad. par M. Louis Du Bois).

Le Mulsum était donc un vin miellé auquel on ajoutait du defrutum. Le defrutum était très utilisé dans les vins romains pour augmenter le degré d’alcool et la concentration en sucre. Ceci permettait au vin de se stabiliser.

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V La conservation et le transport

            Les romains utilisaient différentes méthodes afin de conserver le vin, le plus longtemps possible. La cueillette d’un raisin très mûr entraînait une forte saturation en alcool et en sucre. Pour inhiber l’action des différentes bactéries pouvant s’immiscer dans le vin, ils utilisaient les épices ainsi que la résine, ce qui empêchait les vins de pourrir. Celles-ci étaient employées lors de la fermentation.

Tous ces vins sont conservés dans la cave dans des dolia. Pour une meilleure conservation du vin les esclaves recouvraient l’intérieur des dolia d’une couche de poix brûlante (cf. mosaïque ci-dessous). Ces grands récipients faits d’argile étaient enterrés afin de maintenir au frais la boisson. Pour fabriquer ces dolia, trois éléments étaient nécessaires :

  • L’argile, qui était le plus souvent extraite d’une mine située à proximité de la villa
  • Du bois afin de maintenir les fours des potiers du domaine à haute température
  • Et l’eau présente dans les bassins de décantation.

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Poissage d’un dolium par des esclaves. Mosaïque du calendrier agricole provenant de Saint-Romain-en-Gal.

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Pline l’ancien témoigne dans Histoire naturelle (XIV, 49) des différentes méthodes de vinification :

La méthode de vinification est différente selon le climat après la récolte du vin. Autour des Alpes, on place le vin dans des tonneaux (…) et même on écarte le froid avec du feu quand l’hiver est glacé. (…). Dans des régions aux climats plus doux, on place le vin dans des jarres qu’on enfouit entièrement dans la terre ou bien en proportion de la situation du pays. Ainsi on le préserve du climat, mais ailleurs, on le protège en le plaçant sous des toits.

Les amphores servaient au transport du vin. Elles constituaient, avec le vin, un énorme commerce étendu dans tout l’Empire Romain. On produisait des amphores dans toute la Gaule, mais c’est en Languedoc que l’on trouve la plus forte densité d’ateliers, développement lié à l’essor de la viticulture à partir du Ier siècle après J.C. Après avoir été remplies, elles étaient bouchées par un tampon de liège surmonté d’un opercule de chaux, portant le timbre du négociant. Le vin était expédié par voies fluviales ou par la Via Domitia.

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VI L’utilisation du vin

Dans la cuisine

Les romains, et plus précisément les hommes, avaient pour habitude de consommer du vin durant les repas. La spécialité la plus consommée durant les banquets était le mulsum, souvent en accompagnement des viandes et des poissons. Les romains appréciaient énormément la cuisine « sucré-salé », et le mulsum, un vin sucré au miel, apportait la saveur sucrée aux plats.

Cependant les romains moins aisés avaient deux autres options. Les « vina ficticia » (vins artificiels) qu’on obtenait en faisant macérer des plantes aromatiques (rose, thym, fenugrec…) dans du moût ou les « vina condita », vins aromatisés aux épices (poivre, cumin, cannelle…). Les premiers étaient consommés avec les entrées ainsi qu’avec les fruits de mer tandis que les seconds se buvaient avec le plat de résistance.

Une troisième sorte de vin venait compléter les repas : les vins cuits, dégustés avec les desserts ou en tant que boisson réconfortante.

Une des techniques de consommation du vin consistait à le filtrer de façon à obtenir un breuvage plus limpide. Le vin était versé dans des cratères pour le couper avec de l’eau, le boire pur aurait été un acte barbare.

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Dans la médecine

La médecine chez les romains n’était pas une science développée et le vin n’était que très peu présent dans ce domaine. Ses vertus résidaient principalement dans des croyances : par exemple, les médecins romains recommandaient aux femmes enceintes de petites doses de « vina ficticia » (car les femmes n’avaient pas le droit de boire des vins fermentés), qui devaient améliorer et accélérer le développement du futur nourrisson ; le vin miellé était considéré comme un breuvage de jouvence.

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Dans la religion

Le vin est un élément présent dans la religion romaine : celui-ci a en effet une origine divine : c’est le dieu BACHUS (Dionysos en grec) qui aurait enseigné aux hommes à cultiver la vigne. Le repas du soir (cena) commençait par une libation en l’honneur de ce dieu et toute cérémonie s’accompagnait d’une offrande de vin. le geste consistait à verser une part du liquide avant de le consommer. Soit on le déversait sur le sol, pour abreuver les divinités souterraines qui favorisaient la fertilité, soit on le brûlait sur l’autel pour accélérer sa montée vers les cieux.

Le vin se retrouve aussi dans différentes fêtes romaines :

– Les « vinalia priora » : c’est la première fête du vin, elle en ouvre la consommation de l’année le 23 avril. Le prêtre de Jupiter fait une libation aux dieux en versant une coupe sur le sol.

– Les « vinalia rustica » : fête célébrée le 18 août qui consiste à implorer Jupiter de retenir ses foudres et de protéger la vigne des intempéries. Le nom « rustica » souligne le caractère agricole de la fête.

– Les « vinalia meditrinalia » : fête célébrée le 11 octobre qui consiste à offrir à Jupiter la nouvelle cuvée de façon à ce qu’il juge du savoir faire des vignerons.

Priape

En 1893, une statue représentant un Priape habillé fut mise à jour au lieu-dit la Courtine, sur la rive droite du Rieu à Roquefort des Corbières. Le dieu Priape était pour les Romains le dieu de la fertilité, le protecteur des jardins et des troupeaux, on lui confiait la garde du domaine en plaçant sa statue à l’entrée. Son énorme phallus était censé faire fuir les voleurs.

 

 

 

Roquefort, a village of the Corbières

We would like to warmly  thank Mr Andy Partington from Keswick, who has carefully translated all the texts about the village, the surrounding countryside and the vine. He has always been keen on reading our booklets and thanks to him, we can now reach English speaking readers.

The three windmills

To reach the three windmills whose imposing silhouettes you can see, from the Place du Marché, in front of the church, go up Rue des Trois Moulins; at the end, turn right, take Rue du Camin del Bosc for 200 metres, follow Chemin de la Serre and take the first track on your left to climb towards Pla de Roque (Col de Naut).

You’ll see on your left a first windmill, probably built in the 18th century and the property of the Alexandre family until it was demolished in 1863. In the second half of the 20th century, what remained of the windmill became the property of the commune, which sold it in the 1970s. The windmill has since become a holiday home.

The story of the second windmill is a bit different: – it was built in 1821 in joint ownership. Sold in 1859, the sale deed described it thus: “a working and grinding windmill, producing wheat flour, situated on the Pla de Roque”. The new owner, baker and miller by trade, was married to a member of the Alexandre family. In 1880 they left it to their nephew who was also a miller. Abandoned in the second half of the 19th century and sold in 1968, it has also been converted into a holiday home.

The third windmill, located further east on the plateau, also belonged to the Alexandre family. Probably built in the 18th century, it was referred to in1829 as “an old tower of a dressed-stone-built windmill which has been abandoned”. It became the property of the commune and is now a holiday home. On the Land Registry of 1817-the so-called Napoleonic Registry- it is shown as “old, abandoned windmill”.

The old windmills of our villages in Corbières ceased all activity over a century ago. Today the local cers wind turns new wind turbines on our hills: they await the new Don Quixote.

Sources:© Une Famille Roquefortoise: Les Alexandre par Bernard Péricon et Robert Masquet. Edition de l’Association Roquefort Histoire et Patrimoine

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The Chapel of St. Martin

The chapel is located west of the village on a wooded hill offering a remarkable view over the village and its surroundings and as far as the coast. “Up here the landscape is at least as rewarding as the chapel itself. Everything is beautiful and it does you good to walk up here and see how the view changes here and there as you catch glimpses of it on the way up”.

This cultural site is mentioned in the 13th century. In 1320 it was absorbed into the deanery of Basses-Corbières. The report of the visit of the Bishop of Narbonne in 1404 tells that Roquefort was linked to the church of Montpezat.

In the 17th century, more precisely on 25th May 1624, a petition was addressed to Robert Fabre (consul of the area) by Rev. Fr. Barthélémy Hugonenc who wanted to repair the parish church of St. Martin following the damage suffered during the Franco-Spanish war of the previous century so that it could be used for divine service. The parish registers state that from 1608 to the end of 1709 the area around the chapel, as well as its choir, was used as a cemetery for the most prominent members of the community. A second cemetery, referred to as the Hospital and located away from the site, was used for the rest.

In the 18th century the diocesan map of 1763 referred to a ruined building on this site.

The present building was probably erected in the 19th century, although no record can be found of the circumstances of its re-building. “It is a vast, solid building supported by massive buttresses; topped with a square, particularly squat, bell-tower pierced with arched bays. (The tower and its surroundings remind us of Tuscany)”.

From the south door you can see two capitals, carved quite high up on the pillar, depicting a mass of flowers. Judging by their sharp-angled foliage, they could date from the end of the 13th century – perhaps this is re-cycling a bit of the old building? It’s a shame that the so-called ‘Door of the Dead’ has been blocked up on the south facade facing the choir. There remains very near the present chapel a section of wall which according to local tradition is a vestige of the original chapel.

The hill and the chapel are registered historical monuments

Sources: A.D. 11 3 E 16194
Les Anciens Pays de l’Aude par Elie Griffe, Doyen honoraire de la faculté de théologie de Toulouse, pages 101/102, imprimerie Gabelle, Carcassonne 1974
Dans le jeu de la terre et la mer par Robert Pirault, pages 145/148, Serge Candéla éditeur, Narbonne

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Allée couverte (dolmen) of the Pla des Courbines

A covered megalithic burial place, located on the Pla des Courbines, this dolmen is the only one of its kind in Basses-Corbières and the nearest to the coast of all those identified in the Aude département.

It stands about 300 metres from a small sheepfold, on the edge of a gully called the ‘Aigue Migal’.

This ancient site consists of five slabs of local limestone taken from this hill itself. Their average thickness is 0,15m (6 inches). They indicate a rectangular chamber measuring a little under two metres long by 1,10 metres wide at its base, laid out on a Northeast Southwest axis.

Source: Mégalithe et tumulus à Roquefort des Corbières par Yves Solier. Édition de l’A.R.H.P.

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La Clotte

In about 1869 Théodore Marty, a learned man of Roquefort, discovered in the valley of the Clotte (3 kms southwest of the village) two milestones dating from the Augustinian era. These milestones were placed at the side of roads by the Romans at regular intervals every 1481,50 metres (or Roman mile). One of them, still standing and indicating a distance of 16 miles from Narbonne, bore an inscription, intact but now largely erased:
Imp. Caesar/Divi F(ilius) Augustus/P(ater)P(atriae) Pontifex Max(imus)/(Cos) XII Tribunic(ia) Potest XXII. Imp.XIIII [or] Emperor Caesar Augustus/Son of God/Father of the Country/Supreme Pontiff 12 times / Honoured as Tribune 22 times / Honoured with 14 Triumphs

Théodore Marty concluded that the milestones were in their original location. He thought that the whole site was a ‘mutatio’, a kind of staging-post established along the Domitian Way, the oldest Roman road in Gaul. It was not until 1949 (the discovery in the Rieu de Treille of the 20th milestone bearing the name of Cneus Domitius Ahenobarbus, who built the road) and the excavations carried out at a Clotte in the 1970s by the archaeologist Yves Solier that the truth was established.

The Domitian Way did not run through the scrublands of La Clotte, but rather along the coast (near the present motorway). Nevertheless, the site of La Clotte with its four milestones, including two entire stones re-used in the construction of a medieval building of indeterminate date (remains of an olive-oil production facility, fragments of troughs and of counterweights for the oil-press), represents an important centre of settlement and agricultural production. This bears witness to the presence of agro-pastoral communities living there off the natural resources.

© Marc Pala pour l’ARHP, mai 2014

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The Church of St. Anthony

The former church of Roquefort des Corbières stood to the south of the castle and immediately below it (at the end of Rue du Soleil where it meets Rue Jean Cathala in the upper part of the old village). The report of the visit to the parish by Mgr. Henri de Bonnechose, Bishop of Carcassonne in 1851 stated that it was too small for a constantly growing population and poorly located. It was abandoned between 1853 and 1857, the year of the consecration of the new church. In 1869 the commune decided to sell the old church and presbytery, the funds thus raised going towards the construction of a new cemetery.

The Church of St. Martin

This is the present church, located in the centre of the old village, the construction of which was started in1853 and completed in 1857.

It consists of a vast nave preceded by a gallery, a multi-sided apse and an uninspiring transept. The whole edifice is topped with a massive bell-tower.

The paintings which used to decorate the interior of the church were classified as Historic Monuments in 1975, 1964 and 1964 and belong to the commune. They can now be seen at the museum in Narbonne where they are kept.

Sources: Archives municipales de la commune de Roquefort des Corbières: Comptes rendus des délibérations du Conseil municipal
Ministère de la culture: http://www.culture.gouv.fr

Eglise

The Capitelles (or the huts)

The hut (capitelle) is rarely a permanent dwelling; rather it is a dry-stone shelter for temporary use for storing tools, materials or people.

Built on often inhospitable terrain at the time of major ground-clearing works, people used as building material whatever was thrown up by deep-ploughing and stone-removal. Very often this was limestone, but also, depending on local geology, schist, sandstone, granite or even basalt.

The stones extracted and picked up to render the place suitable for agriculture (vines, olive trees) or stock-rearing were piled up at the sides of the fields in mounds sometimes still visible today; in Occitan they are called clapas. Some stones would be selected and put to one side with a view to their being used to build enclosure-walls, terraces or shelters.

Not all the stones selected for the construction of huts were left in their original state: they could be rough-hewn for functional or aesthetic reasons, but this was not real bricklaying of dressed stones.

On a floor-plan which might be more or less laid out as an outline for the building, the walls are built up using stones without mortar; then a vault or rounded roof is put up to cover the whole thing.

These capitelles (huts) date roughly from the 17th to the beginning of the 20th century. They are the work of peasants, wine-growers, farmers, charcoal-makers, indeed simple workmen struggling to become owners of a few acres of poor land which is difficult to clear. Some of these men became well-known and sought-after specialists, builders in dry-stone, and were able to use their know-how as a second source of income.

This “poor man’s architecture”, the work of unqualified builders is not improvised or slapdash architecture. It is proof of a very precise technical skill.

Nowadays in France, as in other European countries, there is an increasingly strong will to conserve, restore and, in a word, safeguard this fragile heritage.

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The Chalet

 The chalet was built by the Alexandre family during the 19th century. In the absence of any archival sources, oral accounts lead us to believe that it was formerly a holiday spot where, in summer, the landowners and their children could take advantage of the shade of the pine trees and the presence of water thanks to a dam. In fact a whole system of ditches allowed rainwater to be collected into a pond.

This chalet is now the property of the commune.

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The Lime Kiln

 The lime kilns were built during the 19th century and used to heat limestone and to convert it into lime. This process is called “calcination”. The kilns had to be carefully situated as close as possible to quarries and to the wood needed to the burning.

The kiln had to be filled with the precisely measured amounts of materials and the lime burners had to maintain a watch over the kiln for three or four days.

Lime must have been known from the earliest times and the Romans used it in building mortar. In fact, they took lime and mixed it with various ingredients to create an early version of cement.

For hundreds of years until today, lime has been used in many applications. In agriculture, slaked lime is used by farmers to neutralise acid soils.

With the charcoal, lime was the only industry in the village and gave jobs to many people who had to mine the limestone, transport it into carts and monitor the burning.

Théodore Marty said there were 28 lime kilns in the commune.

 

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Brief History of Wine-making in Roquefort des Corbières

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 The beginnings

 The monoculture of vines is only a fairly recent development in the history of our commune. This “sea of vines which floods the plains”, as LeRoy Ladurie described it and which makes up our familiar landscape, is barely 150 years old.

The three windmills standing guard on the Pla de Roque attest to this: they were used to grind the cereals grown in the area.

 In 1583, out of 210 hectares under cultivation only ten hectares were planted with vines. The peasant’s main concern was to grow his “daily bread”. The fear of food shortages always haunted the Roquefort population.

 The organisation of land-use in each commune was unchanging: saltus(grassy areas for grazing sheep) and silva (wooded areas owned by the nobles) were out of bounds to agriculture; the ager (arable area) was devoted to cereal crops. Vines were only allowed to be grown on the hillsides and in the poorest soil.

 In 1665 the area under cultivation in the commune was 370 hectares, of which only 17 were vines. There were 41 heads of household and 32 houses in 1583, which had risen to 48 houses in 1665. The increase in population clearly accounts for the extra ground-clearing and the marked increase in area under cultivation.

 In 1759 out of 386 hectares under cultivation there were 37 hectares of vines or 10% of the total area according to the survey of that year. The majority of the vines belonged to small and medium landowners. For example, Jean Castan was the fifth biggest landowner in the village with 15.70 hectares of which less than ¾ of a hectare was planted with vines.

 However, the establishment of the port at Sète (1666) and the opening of the Canal du Midi (1681) spurred the first expansion of the Languedoc vineyards, as they allowed wine to be exported. But, because the fear of a grain shortage was still very much the rule, the planting of new vines was forbidden in 1731. In addition the cost of transport was very high.

 The Revolution saw the repeal of the 1731 ban and even authorised the sharing of assets belonging to the commune, but also resulted in an interruption to maritime trade.

 The big landowners were still not interested in vines as wheat was more profitable than wine. The grape harvests were not plentiful and the yields were poor, only 10-15 hectolitres per hectare. The custom was to pick the grapes early, so the wines were low in alcohol and did not keep well.

 The small landowners tried to make the most of a few poor acres of land which they worked with a pick. They didn’t have the necessary equipment nor even a mule, so wine-growing remained a small-scale working class activity. It was carried out on tiny parcels of land of a few square metres where the vine-stocks were not planted in straight lines and the gaps were filled by layering.

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 The golden age

 At the end of the First Empire, only Bitterois and to a lesser extent Minervois and Lézignanais had a real expansion of vineyards, but in the first quarter of the 19th century wine-making in the whole département became established.

 The peasants ceased a system of poly-culture to develop a system of specialised agriculture with a view to commercial activity. The extraordinary expansion of vineyards is explained by the increase in the French population and thus increased wine consumption, but particularly by the construction of the railway network.

The completion of the Paris-Languedoc lines in 1856, the opening of Narbonne station in 1857 and of the station at Port la Nouvelle in 1858 opened up new markets. The railway made it possible to transport wine over long distances at low prices. Developments in the wine-making process thanks to Pasteur’s discoveries allowed wine to keep better and travel without turning sour.

 However, this period saw the first crisis when oïdium (a mould) ravaged the vineyards from 1852 to 1857; production fell by two-thirds, although this decrease in harvests was offset by a rise in prices. There was an absolute frenzy of new planting!

 In 1878 vineyards accounted for 90% of the area under cultivation in the Narbonne local government area. Growers were also using new tools, such as secateurs for pruning and the plough instead of the bigos and the rabassière. Work in the vineyards demanded a substantial workforce: pruning, applying fertiliser & other treatments and picking the grapes are labour-intensive operations which require each vine stock to be dealt with one by one. The village experienced a great boom in population. From 304 inhabitants in 1807, we reached 1240 in 1890!

 And yet, the Audois vineyards had a fundamental weakness: aimed at a large-scale consumers’ market, at reasonable prices, but subject to market forces over which they had no control.

 Phylloxera did not spare wine-making in the Aude, but it did offer some respite from the scourge. This little aphid, which almost wiped out all French vineyards, appeared for the first time in 1863. Although slow at first, its progress accelerated: Vaucluse in 1868, Gard in 1869, Montpellier in 1869, Biterrois in 1877 and Aude (at Ouveillan) in 1879. However, it did not reach Roquefort until 1885.

 The region’s vineyards in fact enjoyed a period of prosperity from 1878 to 1885, with a marked increase in prices due to the disappearance of most French competitors and good harvests locally. Wine-growers who benefited from a decade’s respite compared to their neighbours in Gard and Hérault were able to re-establish their vineyards very quickly because, by the time it struck, they knew how to cure the disease. A botanist, Jules Planchon, and a lawyer/winemaker, Jean-François Bazille, had discovered that the grafting of a French plant onto an American stock enabled the vine to resist the phylloxera.

 

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The age of crises

 Thus it was a completely renovated wine-growing which emerged from the phylloxera crisis, but very soon growers would realise that everything had changed!

 The new vines were less robust than the old ones and required a lot more work: double-digging, grafting, more ploughing and, what was more, the American plants were very prone to mildew.

 In addition, during the phylloxera crisis with French production having fallen, the country had imported wines from Spain and Italy. The French government had promoted the creation of vineyards in Algeria. From 1903 Algerian wines arrived in ever-increasing quantities, and these wines were very cheap and strong in alcohol. Dealers began to blend them with wine from Languedoc. The shortage of wine during the crisis even prompted the government to authorise the making of artificial wines and the addition of sugar to the grape harvest. Finally, a succession of record harvests (1899, 1900, 1901, 1904) highlighted the problems of the fall in sales and the collapse in market price (from 20 francs per hectolitre in1899 to 5 francs in 1901).

 In 1904 agricultural workers in Roquefort went on strike to protest against their low wages. On Thursday 4 February at one o’clock in the afternoon, a bugle rang out in the streets of the village and 80 agricultural workers answered the call. On the evening of Sunday 7th 200 people gathered at the Café Barthe. They were protesting because their daily wage had been cut by half and the number of days’ work in the year had been considerably reduced.

On 13th February at Narbonne, an agreement was signed between the strikers and the bosses. It concerned in particular the length of the working day, the daily rate of pay and the daily rate for women. On 15th February the workers returned to work.

 The spectacular crash in market price from 1900 to 1907 provoked an unprecedented crisis: it was really a case of human misery at the beginning of the 20th century, and it was in Aude that the great crisis of 1907 erupted!

 Every Sunday larger and larger crowds gathered to hear Marcelin Albert. This charismatic orator had co-founded the Comité de défense viticole and become revered as the leader of the Revolt of the wine-makers. 5000 in Coursan on 14th April, 12000 in Capestang on the 21st, 20000 in Lézignan on the 28th and 85000 in Narbonne on the 5th May: working-class momentum set the country ablaze! 150000 people turned out in Béziers on 12th May, 170000 in Perpignan on the 19th, 200000 in Carcassonne on the 26th, 250000 in Nîmes on 2nd June and over 600000 in Montpellier on the 9th.

 On the 19th June some of the Comité members and the Mayor of Narbonne were arrested. The local government office was attacked by the crowd; there was one death and tens of people injured. On the 20th June the army fired on the crowd of demonstrators, killing five and injuring another ten. The town was occupied by 10000 soldiers.

 1907 symbolises the whole history of wine-making in Aude. The myth of 1907 was invoked at every crisis, and there were, alas, many crises. These demonstrations often ended in confrontations which could be bloody, as in 1976.

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The age of co-operation

 In the end this great popular movement led to only two concrete results: the Law of 29th June which imposed a surtax on sugar used in wine-making and the creation of the General Confederation of Wine-growers.

 Confronted by the big landowners and dealers, the small and medium producers launched a co-operative movement. The need to form a group was imposed by developments in wine-making which required substantial investment and necessitated stockpiling in order to regularise sales.

 The first co-operative cave in Aude was set up in 1909 at Lézignan; five more were created before the war; in 1920 the caves at Leucate and Roquefort were set up.

 Founded on 16th December 1920, the co-operative cave “La Vigneronne”, next door to the Café du Marché, numbered 45 members. On 25th June 1966 La Vigneronne merged with its younger sister the cave of Saint-Martin. The latter was built in 1949 on land granted by Joseph Castan and Louis Marty. Its original storage capacity was 10000 hectolitres, later increased to 38000 hectolitres. Its president from its creation until 1976 was Auguste Castan, followed by Antoine Copovi and then Jean-Marie Sanchis.

 In 1981 the harvest at Roquefort produced 32000 hectolitres; in 2009 it was only 16000 hectolitres. The caves at Leucate and Roquefort decided to merge, building their future around a new wine storehouse with a capacity of 100000 hectolitres.

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Petite histoire de la vigne à Roquefort.

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Le premier âge.

La monoculture de la vigne n’est que fort récente dans l’histoire  de notre commune. Cette « mer de vignes qui submerge les plaines » comme le décrivait Le Roy Ladurie et qui constitue notre paysage familier n’a qu’à peine plus de 150 ans d’existence.

Les trois moulins postés en sentinelle sur le plat de Roque le prouvent, ils étaient utilisés pour moudre les céréales produites sur le territoire.

En 1583, sur environ 210 hectares cultivés, seulement dix hectares sont plantés en vigne. L’idée fixe du paysan est de produire le « pain quotidien ». La crainte de la disette hante toujours la population roquefortoise.

L’organisation du terroir de chaque commune est immuable : saltus (espaces herbeux pour les parcours à moutons) et silva (espaces boisés possédés par les nobles) restent interdits aux cultures, l’ager (espace cultivable) est consacré aux céréales. La vigne n’est cultivée que sur les coteaux et les moins bonnes terres.

En 1665, la superficie cultivée sur la commune est de 370 hectares mais il n’y a que 17 hectares de vignes. On compte 41 chefs de famille et 32 maisons en 1583 alors qu’on relève 48 maisons en 1665. L’accroissement de la population explique sans doute les défrichements effectués et la nette augmentation de la superficie agricole.

En 1759, sur 386 hectares cultivés, on trouve dans le compoix de cette année là, 37 hectares en vigne  soit 10% de la superficie totale. Les vignes appartiennent majoritairement aux petits et moyens propriétaires.

Par exemple, Jean Castan qui est le cinquième plus gros propriétaire du village et qui possède 15 hectares 70,  n’a que 72 ares en vigne !

Pourtant, la fondation du port de Sète (1666) et l’ouverture du canal du Midi (1681) sont à l’origine de la première extension du vignoble languedocien, permettant les exportations d’alcool. Mais la crainte d’une pénurie de grains étant toujours la règle, la plantation de vignes nouvelles a été interdite en 1731. De plus, le coût du transport est très élevé.

La Révolution va abroger l’arrêt de 1731 et même autoriser le partage des biens communaux mais va aussi avoir pour conséquence une interruption du commerce maritime.

Les grands propriétaires fonciers ne s’intéressent pas encore à la vigne, le blé est plus rémunérateur que le vin. Les récoltes de raisins sont peu abondantes et les rendements sont faibles de l’ordre de 10 à 15 hectolitres à l’hectare. L’habitude est de vendanger précocement et donc les vins ont un faible degré d’alcool et se conservent mal.

Les petits propriétaires essayent de valoriser quelques arpents de terre qu’ils travaillent à la pioche, n’ayant pas le matériel nécessaire  ni même un mulet, la culture de la vigne reste une culture populaire. Ce sont de toutes petites parcelles de quelques ares où les ceps ne sont pas alignés et où le remplacement des manques s’effectue par marcottage.

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L’âge d’or.

A la fin du Premier Empire, seuls le Biterrois et dans une moindre mesure le Minervois et le Lézignanais, ont connu une véritable extension du vignoble mais dans le premier quart du XIXe siècle, la vocation viticole du département va s’affirmer.

Les paysans vont sortir d’un système de polyculture pour entrer dans un système de culture spécialisée à vocation commerciale. L’extraordinaire expansion du vignoble s’explique par l’augmentation de la population française et donc par une plus grande consommation de vin mais surtout par la construction du réseau ferré.

L’achèvement des lignes Paris – Languedoc en 1856, l’ouverture de la gare de Narbonne en 1857 et de la gare de Port La Nouvelle en 1858 ouvrent de nouveaux marchés. Le chemin de fer rend possible le transport à bas prix du vin sur de longues distances. Les progrès de la vinification grâce aux découvertes de Pasteur permettent la conservation du vin qui peut voyager sans devenir aigre.

Cependant, cette période va subir une première crise, l’oïdium ravage le vignoble de 1852 à 1857, la production chute des deux tiers mais cette diminution des récoltes est compensée par une hausse des prix. On assiste à une véritable frénésie de plantations !

En 1878, la vigne représente 90% de la surface cultivée dans l’arrondissement de Narbonne. On utilise aussi de nouveaux outils : le sécateur pour la taille, la charrue à la place du « bigos » et de la « rabassière ». Le travail de la vigne réclame une main-d’œuvre abondante : la taille, les traitements, les vendanges sont des opérations qui imposent de s’occuper un à un de chaque cep. Le village connaît un grand essor démographique. De 304 habitants en 1807, on passe à 1240 habitants en 1890 !

Pourtant, le vignoble audois porte en son cœur  une faiblesse fondamentale, il est orienté vers un marché de grande consommation, à prix modérés et il est soumis aux lois d’un marché qu’il ne contrôle pas.

Le phylloxéra ne va pas sauver la viticulture audoise mais lui assurer un répit.

Ce petit puceron qui faillit faire disparaître le vignoble français, apparaît pour la première fois en 1863. Sa marche est lente au début puis s’accélère : le Vaucluse en 1868, le Gard en 1869, Montpellier en 1869, le Biterrois en 1877 et l’Aude à Ouveillan en 1878. Cependant, il n’atteint Roquefort qu’en 1885.

Le vignoble de la région bénéficie en fait d’une période de prospérité de 1878 à 1885, à  la forte hausse des prix due à la disparition du vignoble français s’ajoutent de bonnes récoltes. Les viticulteurs qui ont bénéficié d’une décennie de répit par rapport aux voisins du Gard ou de l’Hérault peuvent reconstituer le vignoble très rapidement car on connaît à ce moment là le remède au mal.

En effet, un botaniste, Jules Planchon et un avocat viticulteur Jean-François Bazille découvrent que le greffage d’un plant français sur un porte-greffe américain permet au cep de résister au phylloxéra.

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L’âge des crises.

C’est donc une viticulture complètement rénovée qui sort de la crise du phylloxéra mais très vite, les viticulteurs vont s’apercevoir que tout a changé !

Les nouvelles vignes sont moins robustes que les anciennes, elles exigent des travaux plus importants : défonçage, greffage, davantage de labours, de plus les plants américains sont très sensibles au mildiou.

En outre, pendant la crise du phylloxéra, la production française ayant chuté, on a importé des vins d’Espagne et d’Italie. Le gouvernement français a aussi favorisé la création d’un vignoble en Algérie.

A partir de 1903, les vins algériens arrivent avec des quantités de plus en plus importantes, or ces vins sont très bon marché avec des degrés élevés ! Les négociants commencent à pratiquer le coupage avec les vins du Languedoc. La pénurie de vin pendant la crise  a amené le gouvernement à autoriser la fabrication de vins artificiels et le sucrage de la vendange !

Enfin, une succession de récoltes records (1899,1900, 1901, 1904)  va accentuer le phénomène de mévente et l’effondrement des cours (20 francs l’hectolitre en 1899, 5 francs en 1901).

En 1904, les ouvriers agricoles de Roquefort se mettent en grève pour protester contre leurs salaires jugés insuffisants. Le jeudi 4 février, à une heure de l’après midi, le clairon résonne dans les rues du village et 80 ouvriers agricoles répondent à l’appel. Le dimanche 7 février au soir, 200 personnes se réunissent au café Barthe. Ils protestent car leur salaire journalier a été réduit de moitié et le nombre de journées de travail dans l’année diminue considérablement.

Le 13 février à Narbonne, un accord entre les grévistes et les patrons est signé. Il porte en particulier  sur la durée de la journée de travail, le prix de la journée, le prix de la journée pour les femmes. Le 15 février, les ouvriers reprennent le travail.

La chute spectaculaire des cours de 1900 à 1907, entraîne une crise sans précédent, on peut parler véritablement de misère au début du XXe siècle. C’est dans l’Aude qu’éclate la grande crise de 1907 !

Chaque dimanche, des foules de plus en plus importantes, vont s’assembler autour de Marcellin Albert : cinq mille à Coursan le 14 avril, douze mille à Capestang le 21 avril, vingt mille à Lézignan le 28 avril et quatre vingt mille personnes le 5 mai à Narbonne ! L’élan populaire embrase le pays !

On compte cent cinquante mille personnes à Béziers le 12 mai, cent soixante et dix mille à Perpignan le 19 mai, deux cent mille à Carcassonne le 26 mai, deux cent cinquante mille à Nîmes le 2 juin et plus de six cent mille à Montpellier le 9 juin !

Le 19 juin, des membres du comité d’Argeliers et le maire de Narbonne, Ernest Ferroul sont arrêtés. La sous préfecture est attaquée, il y a un mort et des dizaines de blessés. Le vingt juin, la troupe tire sur la foule des manifestants faisant cinq morts et une dizaine de blessés. La ville est occupée par 10 000 soldats.

1907 est le symbole de toute l’histoire viticole de l’Aude, le mythe de 1907 resurgit à chaque crise et elles sont hélas  nombreuses. Ces manifestations se sont souvent terminées en affrontements parfois sanglants comme en 1976.

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L’âge de la coopération.

Finalement, ce grand mouvement populaire n’aura abouti qu’à deux résultats concrets : la loi du 29 juin qui instaure une surtaxe sur les sucres destinés à la vinification et la création de la Confédération Générale des Vignerons.

Face aux grands propriétaires et aux  négociants, la petite et moyenne propriété se lance dans un mouvement coopératif. La nécessité de se regrouper est imposée par les progrès de la vinification qui exige de gros investissements et par l’obligation de stockage pour réguler les ventes.

La première cave coopérative de  l’Aude voit le jour en 1909 à Lézignan, cinq autres sont créées avant la guerre. En 1920 sont créées les caves de Leucate et de Roquefort.

Fondée le 16 décembre 1920, la cave coopérative « La Vigneronne » à côté du café du marché, regroupe 45 membres. Le 25 juin 1966, La Vigneronne fusionne avec sa cadette la cave coopérative Saint-Martin. Celle-ci a été construite en 1949 sur des terrains cédés par MM Joseph Castan et Louis Marty. Sa capacité initiale de stockage était de 10 000 hectolitres, elle a été portée à 38 000 hectolitres.

Son président de sa création jusqu’en 1976 à été M Auguste Castan puis M Antoine Copovi puis M Jean-Marie Sanchis.

En 1981, la récolte à Roquefort était de 32 000 hectolitres, en 2009 elle n’était plus que de 16 000 hectolitres et les caves coopératives de Leucate et de Roquefort décidaient de fusionner scellant leur destin autour d’un nouveau chai d’une capacité de 100 000 hectolitres.

 

Sources :

« Le temps de la vigne » par Marc Pala et Jean-Louis Escudier. Les carnets du parc n° 14.

« La grève des ouvriers agricoles de Roquefort des Corbières en 1904 » par Robert Masquet. ARHP.

« Mémoires de Marcelin Albert » Editions Christian Salès.

FAITS DIVERS, CRIMES et CHÂTIMENTS!

En 2013, dans la brochure « Crimes, châtiments et autres faits divers » nous relations dans une série d’anecdotes, des délits, des méfaits et même des assassinats ayant pour cadre notre village. Nous avons pensé enrichir cette brochure avec une suite sur notre site.

Voici donc, racontée par Marc Pala, la tragédie qui s’est déroulée en novembre 1944 quand un avion B-26 Maraudeur s’est écrasé sur la Serre.

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« 5 nov. 44. Nous apprenons une mauvaise nouvelle. Le lieutenant Jaouen du 2/63, parti pour Bordeaux le 3, s’est écrasé avec son B 26 aux environs de Lézignan. Tout l’équipage a péri. Nous n’avons aucun détail ».

« 7 nov. 44. Apprenons les détails de l’accident du lieutenant Jaouen. L’avion a percuté une colline en PSV dans les nuages dans la région de Roquefort-des-Corbières ».

Avion

Le Journal de marche de la 34e escadre aérienne de Bombardement Moyen, basé en ce début novembre 1944 à Istres, relate au jour le jour les péripéties de cette unité avec ses doutes et ses espoirs, ses bonnes et mauvaises nouvelles. Réorganisée en Afrique du Nord, cette unité de l’Armée française de Libération suit la progression des Alliés en Provence et en Italie. En cette fin d’année 1944, l’offensive alliée butte sur la Ligne Gothique dans le nord de la péninsule italique. Les jeunes pilotes français, formés par des instructeurs militaires américains sur les bases de Télergma, au sud de Constantine et à Villacidro en Sardaigne, ont clos leur long exil en posant enfin leur pied sur le sol natal. La collaboration avec les Américains est cordiale, efficace, mais parfois vexante pour les pilotes français. « Bien que nous ayons eu souvent l’impression d’être à l’école primaire, confie le capitaine André Jannot, nous avons appris la manière rationnelle d’utiliser les matériels nouvellement reçus et surtout la façon de les entretenir ». A l’issue de ces stages de formation, l’armée américaine a mis à disposition des jeunes recrues français des bombardiers bimoteurs USA de type B-26 Maraudeur. Mais cette armada n’est pas destinée au front italien. Le 29 septembre 44, le Journal note : « c’est décidé, nous allons passer quelques jours à Istres, probablement sans rien faire, avant que nos terrains soient prêts dans le nord ». Le 4 octobre 1944, l’escadre française quitte la Sardaigne pour Istres. « Les 43 avions se posent sans histoire… Toute l’aviation de Bombardement Moyen est enfin réunie sur le sol français. Les visages rayonnent et tout le monde sait cependant que les difficultés vont commencer…».

Le plan de réorganisation de cette unité des Forces Aériennes Françaises prévoyait, dès septembre 1943, la mise sur pied de six escadrons de B-26 Maraudeur formant deux escadres. La 31e escadre fut formée en avril 1944 et celle qui nous occupe présentement, la 34e escadre, composée des unités 2/52 Franche-Comté, 2/63 Sénégal et 1/32 Bourgogne, vit le jour le 1er juillet 1944 et fut dissoute, à la fin de la guerre, le 30 mai 1945. Mais cette renaissance de l’Armée de l’Air Française, essentiellement équipée par les américains, est entièrement soumise aux plans opérationnels des Alliés. A Istres, l’escadre déplore sa dépendance : « Toujours sans moyen. On fait pratiquement rien ou du moins on fait peu de choses en se donnant beaucoup de mal… Personne ne sait à qui nous sommes rattachés ». Pendant ce temps l’aérodrome d’Istres « devient agence Air France. Les déplacements se multiplient sur Naples, la Sardaigne, Tunis, Alger, Casa, Paris, Bordeaux ».

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Et justement, en ce début de novembre 1944, un B-26 Maraudeur du Groupe de Bombardement 2/63 Sénégal s’envole d’Istres pour Bordeaux avec à son bord six membres d’équipage et un passager qui s’en retourne chez lui. Il est piloté par le sergent chef André-Louis Jaouen.

Les collines des Corbières sont noyées dans le brouillard, cet appareil, long d’une vingtaine de mètres et pesant plus de quinze tonnes, « aux performances élevées, mais difficile à piloter, en raison de son importante charge alaire » navigue en pilotage sans visibilité.

Le navigateur est dérouté et la boussole incertaine s’oriente vers la mort. Pourquoi vole t-il si bas ? Cherche t-il des repères sous la brume ? En croyant longer le littoral s’est-il perdu dans les nuages qui enveloppent le Pic du Pié de Poul ? Le bombardier a-t-il tenté de rebrousser chemin comme semble l’indiquer son angle d’impact ? Nous ne le saurons jamais. L’avion, en perdition, finit par heurter le flanc nord de la Serre et par s’écraser dans le no man’s land des hauteurs de Combe Longue, quelque part en limite des communes de Fraïssé et de Roquefort.

Le choc est violent, il dût s’entendre de Fraïssé, l’incendie qui embrase le bois de chênes verts attire quelques curieux. La nouvelle se répand rapidement dans le village de Fraïssé, le lieu du crash est bien connu des boscatiers et des charbonniers. Les corps carbonisés des aviateurs sont descendus, par des sentes escarpées, dans des « armoires de vestiaire » et inhumés provisoirement dans le cimetière de Fraïssé.

Sur les sept membres d’équipage, six appartiennent aux FAF, les forces aériennes françaises, seul le passager relève du GTNA. Tous sont dans la fleur de l’âge. A savoir : le sergent Robert-Arthur-Eugène Lamotte de Dijon, radio, 22 ans, le sergent Pierre-Maurice Allard de Saint-Reuil, 22 ans, le sergent-chef René-Georges Goupil de Rochefort, mécanicien, 26 ans, l’adjudant Jean-Marie Robe de Leugny, navigateur, 28 ans, le sergent-chef André-Louis Jaouen de Brest, pilote, 24 ans, Jean Texier de Saintes, mécanicien, 23 ans, le lieutenant Philippe-Marie-Guy Martineau de Bordeaux, simple passager, 21 ans.

Pendant que les villageois de Fraïsse-des-Corbières veillent sur les morts, l’ordre de déplacement de l’escadre d’Istres parvient le 10 novembre au matin. Elle se déplace dès le lendemain sur sa nouvelle base de Lyon avec « son hiver rigoureux, ses neiges et ses brouillards avec les objectifs sanglants que sont les ponts du Rhin, où nous perdons les meilleurs d’entre nous ».

Le crash du Maraudeur s’inscrit dans la longue liste des victimes d’une guerre qui fera, à l’échelle mondiale, pas moins de quarante millions de morts. Dans cet effroyable carnage, comment ne pas en oublier ? Le règne de la quantité est celui de l’homme sans visage.

Pour retrouver ce sanctuaire à l’abri des arbres, il faut plonger dans les taillis, aucune sente n’y conduit. Il ne se révèle qu’à celui qui accepte de s’égarer dans ces denses sous bois de chênes verts et de buis.

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La tradition orale n’a pourtant pas oublié mais elle reste vague : le flanc nord du Pié de Poul, mais celui-ci est entaillé par les nombreuses ramifications de la Combe Longue. Un vrai labyrinthe de ravins et de verdure et cette impression récurrente d’être déjà passé par là. Le site précis de ce pèlerinage au pays de l’oubli reste incertain. Seuls quelques chasseurs qui fréquentent occasionnellement les lieux en ont connaissance.

Car ce cimetière sans corps, ce cénotaphe, sous le feuillage frémissant de la chênaie, se cache en un de ces lieux négligés, tourmentés, où nous n’avons aucune raison d’aller.

En ce début d’automne, rien de lugubre par ici. La lumière du matin traverse le bois en oblique, s’attarde sur une tôle d’aluminium déchiquetée, des brisures de plexiglas… Les dieux de ce canyon sauvage s’ébrouent encore dans une douceur qui s’attarde. Le rire du monde rend encore plus absurde la mort de ces jeunes garçons. Depuis le bas de la combe on peut pister l’accident à la trace : des engrenages, des boîtiers électriques, une balle de mitrailleuse, des fragments de carlingue… sont disséminés dans les mousses et la rocaille, regroupés par endroits.

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L’épave a servi de casse, elle a été consciencieusement démembrée, les boscatiers sont devenus pour un temps ferrailleurs, récupérateurs et recycleurs ; un moteur a même été entreposé dans un abri sous roche puis finalement abandonné. Au ressac de la forêt, là où la roche est brisée et encore blanche de l’incendie, le train avant du Maraudeur. Les documents secrets de la forêt…  Après le coup de masse sur la montagne de novembre 44, le grand oiseau de fer disloqué et le déluge de feu qui s’est abattu sur la crête, le silence a de nouveau pris racine. En quelques décennies un vert paradis a déjoué la fatalité du brouillard et digéré le drame.

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Pas de stèle par ici comme à Opoul-Périllos et à Tuchan, sur le Tauch où s’est écrasé  en janvier 1945, pour des raisons similaires, un Caudron C 445, type Goeland, avec trois membres d’équipage. Pas de stèle et c’est peut-être mieux ainsi. Pas de tentation pour des discours plein de suffisance politicienne. Pas de démagogie larmoyante, pas de cérémonie, de pompeux devoirs de mémoire, pas de clairon qui sonne… C’est bien mieux comme cela. Rien que le vent qui souffle sur les crêtes, le soleil et la pluie, une poignée de sangliers et quelques promeneurs égarés. Une lumière verte qui chasse tous les fantômes…

Rien d’autre, qu’un murmure, à la fois pesant et léger, qui égrène le nom des pilotes. Leur place est ici. Ils ont définitivement rejoint la forêt, le cercle extérieur du mythe.

Marc Pala.

Photographies: Robert Masquet.

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Lors de ses multiples recherches, Marc Pala a retrouvé sur le site Gallica,un article du journal Le Rappel en date du 27 décembre 1878. Ce texte numérisé provient de la collection de la Bibliothèque nationale de France et ne pouvant le rajouter à la brochure, nous le publions ici.
Cet article raconte une attaque de dilligence comme au far-west, mais dans nos Corbières maritimes!

On écrit de Narbonne au Messager du Midi pour lui donner des détails sur une arrestation à main armée qui a eu lieu le 18 décembre sur la route de Fraïssé-des-Corbières.

Les personnes dévalisées sont : MM. Adolphe Miquel, Ferdinand Gazaniol, Anselme Fabre, Hippolyte Fabre, tous de la commune de Fraïssé-des-Corbières et Alphonse Marty capitaine du 125° territorial de la commune d’Embrès.

Les voyageurs étaient partis en voiture pour Fraïssé : Quatre d’entre eux étaient placés dans l’intérieur, le capitaine armé de son sabre s’était mis à côté du postillon.

La voiture suivait le chemin de traverse allant de Sigean à Fraïssé par le château de Montpezat, chemin fort mauvais et peu fréquenté, lorsque arrivée à cinq ou six kilomètres de Sigean, elle fut assaillie par cinq brigands armés de fusils et de revolvers qui étaient en embuscade à gauche et à droite de la route.

Les uns tenant en joue le postillon et l’officier, les font descendre de leur siège, enlèvent le sabre à l’officier et le dévalisent.

Les autres, revolver au poing, font mettre pied à terre aux voyageurs placés dans l’intérieur, les fouillent et font main basse sur leur argent, leurs montres et leurs bagages.

Le coup fait, ils s’éloignent, ordonnant aux voyageurs de repartir sur-le-champ.

On a dit que ces malfaiteurs étaient des Espagnols.

Les recherches de la justice n’ont pas encore abouti.

 

LE TEMPS DES PALOMBES

LE TEMPS DES PALOMBES

Le promeneur qui arpente la garrigue du côté des Moulins ou bien vers les « Caulasses » a surement été intrigué par ces abris en pierre sèche, de forme circulaire.
Qu’on les appelle affûts, palombières, ragues, postes ou baraques de passe, ces abris n’ont pour seule fonction que de dissimuler le chasseur aux yeux de la palombe.
De nos jours, celui qui est à « l’espera », (dans l’attente du gibier pour les non occitanistes), utilise son fusil pour tirer les vols d’oiseaux bleus qui remontent vers le nord au mois de mars mais il n’en a pas été toujours ainsi.

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Affût à palombes sur le site de Cambouisset.

L’arquebuse, l’ancêtre du fusil, a été classée arme de chasse en 1543 mais son emploi était dénigré par les nobles qui trouvaient ce principe ignoble, c’est-à-dire indigne d’un homme bien né.
Les fusils à chien qui permettaient un tir plus efficace grâce aux plombs et grâce à un chargement plus rapide des cartouches, ne furent utilisés qu’à partir du début voire du milieu du XIXe. Mais très peu de paysans alors possédaient un fusil. Comment chassait-on alors la palombe, me demanderez-vous ?
Et bien, au filet, on disait aussi pantes, pantières ou tirasses selon les régions.
Pourquoi au filet ?
Parce que Colbert, le ministre de Louis XIV en avait décidé ainsi. En 1669, une ordonnance royale, véritable code forestier, affirmait que seuls les gentilshommes pouvaient chasser ; une chasse noble bien sûr, à courre ou au vol (avec des faucons) ; seule exception pour les roturiers, ils pouvaient utiliser des filets pour attraper les oiseaux migrateurs, les alouettes, les grues, les merles, les pluviers, les sarcelles et autres oiseaux de passage, ils pouvaient aussi utiliser des pièges pour capturer les lapins. Ces chasses populaires et nourricières amélioraient l’alimentation et protégeaient les récoltes.
Il y avait aussi des coutumes régionales et de multiples tolérances provinciales. Ainsi, on trouve dès 1402, des documents officiels royaux qui attestent de donation de palombières. En Béarn, un règlement de 1443 donne les droits des habitants d’Oléron :
« Les hommes et femmes voisins résidents, habitants du lieu ont droit de chasse, authentique, de pratiquer la chasse au moyen de lacets, filets, pantes. Ils ont le droit de tailler, arracher et couper les arbres de toutes conditions sur tous les terrains du lieu pour faire ces chasses, ceci en toute franchise et sans reconnaissance à personne. »

En Navarre, dans les Pyrénées maritimes et ariégeoises, les gens chassaient la palombe et versaient une redevance, un oiseau sur dix.
La « palomance » était un droit d’usage qui autorisait l’installation d’un filet à palombe, moyennant le versement d’une redevance au seigneur ou à son garde ou bien au propriétaire du lieu.

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Affût à palombes au Col de Naut.

 

Dans une brochure éditée par notre association et dans laquelle Paul Rivière fait le récit de ses souvenirs d’enfance, il décrit ainsi cette chasse qui perdura jusqu’aux années 50.
« Depuis longtemps, depuis l’hiver, ils étaient venus à leur cabane de pierres sèches pour préparer les nets, (voir photo) fignoler leur abri. La passe proprement dite, ou cabane, était flanquée de chaque côté de deux ou trois glacis avec, côté nord, une sorte de rigole bordée d’un rang de pierres où couraient les filets repliés en attente. Chaque bout de filet, de 7 à 8 mètres, était fixé au pal de bois qui tiré sèchement par la corde, décrivait un arc de cercle animant le filet d’un mouvement identique »

 

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Passe de Maugard Bey sur le site du Crès Blanc.

 

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Passe de Lucien Ferrand au Crès Blanc.

 

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Le « net » espace aplani où l’on plaçait les filets.

 

Il fallut attendre la fin de la première guerre mondiale et l’industrialisation pour que la possession d’un fusil se généralise mais on ne tirait pas à tout va car cela coutait cher. Jusqu’au milieu du XXe siècle, la plupart des chasseurs confectionnaient leurs cartouches dont ils conservaient l’étui après le tir afin de les recharger et ainsi diminuer le coût. Les « recettes maison » de fabrication étaient gardées secrètes…

La fabrication de cartouches racontée par Marcel Pagnol dans « La gloire de mon père ».
[Il y avait d’abord des rangées de cartouches vides et chaque rang avait sa couleur : rouges, jaunes, bleues, vertes.
Puis, de petits sacs de toile écrue, pas plus grands que la main et lourds comme des pierres. Chacun portait un grand numéro noir : 2, 4, 5, 7, 9,10.
Il y avait ensuite une sorte de petite balance à un seul plateau et fixé au bord de la table par une pince à vis, un étrange appareil de cuivre, muni d’une manivelle à bouton de bois]

 

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Sertisseur

[Mon oncle prit un gros dé à coudre de cuivre, fixé au bout d’un petit manche de bois noir.
-Voici la jaugette pour mesurer la charge. Elle est graduée en grammes et décigrammes.]

 

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Dosettes pour la poudre et le plomb.

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Bourres et rondelles.

[Alors commença le remplissage des douilles, opération à laquelle mon père collabora : il enfonçait sur la poudre, les bourres grasses cuisinées par l’oncle Jules. Puis ce fut le tour des plombs, puis d’une autre bourre, et cette dernière fut surmontée d’une rondelle de carton sur laquelle un gros chiffre noir indiquait la grosseur du plomb.
Ensuite eut lieu le sertissage : le petit appareil à manivelle rabattit le bord supérieur de la cartouche et en fit une sorte de bourrelet qui enferma définitivement la meurtrière combinaison.]

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Bourroir pour tasser.

 

La chasse à l’affût, c’est d’abord l’attente, immobile, tous les sens en éveil, guettant le moindre coup d’aile. Les yeux rivés sur l’horizon, on essaye de deviner dans le demi-jour, dans le gris de l’aube, le gris du vol de palombes.
C’est aussi ce contact intime avec la nature, avec le silence ou bien avec le Cers qui mugit et qui rend les doigts gourds au moment de saisir le fusil. C’est humer à pleines narines les parfums de la garrigue.
C’est un tapis de couleurs, tous les jours renouvelé. Le bleu des étangs en arrière plan, le rouge du soleil naissant, le gris blanc des nuages ourlés d’orange ou d’indigo et les diverses nuances de vert de la végétation.

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Passe de l’Antran au Plat d’Amount.

 

C’est parfois une bonne « ramade» (mot occitan signifiant ondée ) qui vous fait     « s’acargnader » (se mettre à l’abri) au fond de la rague.
C’est dans la lumière d’un premier matin, l’excitation qui fait battre le cœur, la tension de tous les nerfs, l’émotion qui brouille les ordres du cerveau et après le coup de feu, la longue litanie de tous les arguments qui expliquent pourquoi vous avez raté l’immanquable !

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Passe de Baptistin Fresquet (né vers 1885?) aux Caulasses.

Car le principal plaisir de la chasse à la palombe est dans le récit du coup de fusil réussi du bon « paloumayre » (chasseur de palombes) ou dans la narration du « mazette » qui   «roumègue » (râle) tant et plus contre le soleil qui l’a aveuglé, contre son chien qui l’a gêné ou contre le chasseur voisin qui par son tir intempestif a fait dévier le vol, essayant ainsi de masquer sa maladresse !
Car le plaisir de la chasse ne peut être dans la vaine et stupide gloriole du nombre de pièces tuées ! Il n’est pas question de détruire ce que la nature nous a confié pour un temps et qui n’est pas inépuisable !
Le « paloumayre » voue un culte à la palombe, culte païen car terminé par une immolation, il attend avec impatience le mois de mars et prie Eole pour que le vent soit avec lui et espère revoir tous les ans des vagues bleues dans le ciel des Corbières.

 

 

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Passe de Paul Auguste aux Vignals.

 

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Passe de « Rançou » à Saint-Clément.

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Passe d’Hippolyte Castan ( né en 1873) sur le site de l’Estagnol.

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« Mon rêve » passe d’Eugène Castan (né vers 1900)

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Affût construit en 1950 par Eugène Castan.

 

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Net pour les filets.

Merci à Frédéric Olive ainsi qu’à Emile Castany pour leur contribution.

ARCHEOLOGIE PATRIMONIALE

Fin avril 2017, une équipe d’archéologues  de l’INRAP de Perpignan,           ( Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) est venue à Roquefort faire des fouilles sur le site du futur lotissement de La Capelle, en face du cimetière.

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Cette recherche s’est révélée fructueuse puisque l’équipe de l’INRAP a mis à jour des fragments de poterie de l’époque du Néolithique ainsi que la présence supposée d’un puits.

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Cette découverte atteste donc de la présence d’habitants dans notre commune à une époque fort reculée. En effet, en Europe occidentale, le Néolithique ou âge de la pierre polie, s’étend de 6000 ans avant J-C à 2200 avant J-C, soit le début de l’âge de Bronze.

Durant cette période, l’homme abandonne le nomadisme pour adopter une vie sédentaire et produire lui-même ses biens de consommation en cultivant la terre et en élevant des animaux domestiques même si la chasse et la cueillette continuent de fournir une partie importante des ressources alimentaires.

A l’industrie de la pierre s’ajoutent le travail de la terre cuite et des tissus tandis que l’organisation des groupes humains devient de plus en plus élaborée et entraîne une division du travail.

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Il est à noter que déjà en 2008, une campagne de prospection, le long de la vallée du Rieu, entre Roquefort et Sigean, avait permis la découverte de cavités sépulcrales contenant des restes d’un enfant et d’un adulte ainsi que d’une parure en coquillages attestant d’une occupation humaine.

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Peut-être que dans un futur proche, la construction du TGV permettra la réalisation de nouvelles fouilles et la découverte d’indices préhistoriques? Il reste à souhaiter que les archéologues auront le temps nécessaire pour leur travail et qu’un « malencontreux » coup de pelle mécanique ne viendra pas détruire le gisement comme cela avait été le cas en 2008 quand un dolmen sur la commune de Lapalme avait été arasé!

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