FAITS DIVERS, CRIMES et CHÂTIMENTS!

En 2013, dans la brochure « Crimes, châtiments et autres faits divers » nous relations dans une série d’anecdotes, des délits, des méfaits et même des assassinats ayant pour cadre notre village. Nous avons pensé enrichir cette brochure avec une suite sur notre site.

Voici donc, racontée par Marc Pala, la tragédie qui s’est déroulée en novembre 1944 quand un avion B-26 Maraudeur s’est écrasé sur la Serre.

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« 5 nov. 44. Nous apprenons une mauvaise nouvelle. Le lieutenant Jaouen du 2/63, parti pour Bordeaux le 3, s’est écrasé avec son B 26 aux environs de Lézignan. Tout l’équipage a péri. Nous n’avons aucun détail ».

« 7 nov. 44. Apprenons les détails de l’accident du lieutenant Jaouen. L’avion a percuté une colline en PSV dans les nuages dans la région de Roquefort-des-Corbières ».

Avion

Le Journal de marche de la 34e escadre aérienne de Bombardement Moyen, basé en ce début novembre 1944 à Istres, relate au jour le jour les péripéties de cette unité avec ses doutes et ses espoirs, ses bonnes et mauvaises nouvelles. Réorganisée en Afrique du Nord, cette unité de l’Armée française de Libération suit la progression des Alliés en Provence et en Italie. En cette fin d’année 1944, l’offensive alliée butte sur la Ligne Gothique dans le nord de la péninsule italique. Les jeunes pilotes français, formés par des instructeurs militaires américains sur les bases de Télergma, au sud de Constantine et à Villacidro en Sardaigne, ont clos leur long exil en posant enfin leur pied sur le sol natal. La collaboration avec les Américains est cordiale, efficace, mais parfois vexante pour les pilotes français. « Bien que nous ayons eu souvent l’impression d’être à l’école primaire, confie le capitaine André Jannot, nous avons appris la manière rationnelle d’utiliser les matériels nouvellement reçus et surtout la façon de les entretenir ». A l’issue de ces stages de formation, l’armée américaine a mis à disposition des jeunes recrues français des bombardiers bimoteurs USA de type B-26 Maraudeur. Mais cette armada n’est pas destinée au front italien. Le 29 septembre 44, le Journal note : « c’est décidé, nous allons passer quelques jours à Istres, probablement sans rien faire, avant que nos terrains soient prêts dans le nord ». Le 4 octobre 1944, l’escadre française quitte la Sardaigne pour Istres. « Les 43 avions se posent sans histoire… Toute l’aviation de Bombardement Moyen est enfin réunie sur le sol français. Les visages rayonnent et tout le monde sait cependant que les difficultés vont commencer…».

Le plan de réorganisation de cette unité des Forces Aériennes Françaises prévoyait, dès septembre 1943, la mise sur pied de six escadrons de B-26 Maraudeur formant deux escadres. La 31e escadre fut formée en avril 1944 et celle qui nous occupe présentement, la 34e escadre, composée des unités 2/52 Franche-Comté, 2/63 Sénégal et 1/32 Bourgogne, vit le jour le 1er juillet 1944 et fut dissoute, à la fin de la guerre, le 30 mai 1945. Mais cette renaissance de l’Armée de l’Air Française, essentiellement équipée par les américains, est entièrement soumise aux plans opérationnels des Alliés. A Istres, l’escadre déplore sa dépendance : « Toujours sans moyen. On fait pratiquement rien ou du moins on fait peu de choses en se donnant beaucoup de mal… Personne ne sait à qui nous sommes rattachés ». Pendant ce temps l’aérodrome d’Istres « devient agence Air France. Les déplacements se multiplient sur Naples, la Sardaigne, Tunis, Alger, Casa, Paris, Bordeaux ».

Capture

Et justement, en ce début de novembre 1944, un B-26 Maraudeur du Groupe de Bombardement 2/63 Sénégal s’envole d’Istres pour Bordeaux avec à son bord six membres d’équipage et un passager qui s’en retourne chez lui. Il est piloté par le sergent chef André-Louis Jaouen.

Les collines des Corbières sont noyées dans le brouillard, cet appareil, long d’une vingtaine de mètres et pesant plus de quinze tonnes, « aux performances élevées, mais difficile à piloter, en raison de son importante charge alaire » navigue en pilotage sans visibilité.

Le navigateur est dérouté et la boussole incertaine s’oriente vers la mort. Pourquoi vole t-il si bas ? Cherche t-il des repères sous la brume ? En croyant longer le littoral s’est-il perdu dans les nuages qui enveloppent le Pic du Pié de Poul ? Le bombardier a-t-il tenté de rebrousser chemin comme semble l’indiquer son angle d’impact ? Nous ne le saurons jamais. L’avion, en perdition, finit par heurter le flanc nord de la Serre et par s’écraser dans le no man’s land des hauteurs de Combe Longue, quelque part en limite des communes de Fraïssé et de Roquefort.

Le choc est violent, il dût s’entendre de Fraïssé, l’incendie qui embrase le bois de chênes verts attire quelques curieux. La nouvelle se répand rapidement dans le village de Fraïssé, le lieu du crash est bien connu des boscatiers et des charbonniers. Les corps carbonisés des aviateurs sont descendus, par des sentes escarpées, dans des « armoires de vestiaire » et inhumés provisoirement dans le cimetière de Fraïssé.

Sur les sept membres d’équipage, six appartiennent aux FAF, les forces aériennes françaises, seul le passager relève du GTNA. Tous sont dans la fleur de l’âge. A savoir : le sergent Robert-Arthur-Eugène Lamotte de Dijon, radio, 22 ans, le sergent Pierre-Maurice Allard de Saint-Reuil, 22 ans, le sergent-chef René-Georges Goupil de Rochefort, mécanicien, 26 ans, l’adjudant Jean-Marie Robe de Leugny, navigateur, 28 ans, le sergent-chef André-Louis Jaouen de Brest, pilote, 24 ans, Jean Texier de Saintes, mécanicien, 23 ans, le lieutenant Philippe-Marie-Guy Martineau de Bordeaux, simple passager, 21 ans.

Pendant que les villageois de Fraïsse-des-Corbières veillent sur les morts, l’ordre de déplacement de l’escadre d’Istres parvient le 10 novembre au matin. Elle se déplace dès le lendemain sur sa nouvelle base de Lyon avec « son hiver rigoureux, ses neiges et ses brouillards avec les objectifs sanglants que sont les ponts du Rhin, où nous perdons les meilleurs d’entre nous ».

Le crash du Maraudeur s’inscrit dans la longue liste des victimes d’une guerre qui fera, à l’échelle mondiale, pas moins de quarante millions de morts. Dans cet effroyable carnage, comment ne pas en oublier ? Le règne de la quantité est celui de l’homme sans visage.

Pour retrouver ce sanctuaire à l’abri des arbres, il faut plonger dans les taillis, aucune sente n’y conduit. Il ne se révèle qu’à celui qui accepte de s’égarer dans ces denses sous bois de chênes verts et de buis.

foret

La tradition orale n’a pourtant pas oublié mais elle reste vague : le flanc nord du Pié de Poul, mais celui-ci est entaillé par les nombreuses ramifications de la Combe Longue. Un vrai labyrinthe de ravins et de verdure et cette impression récurrente d’être déjà passé par là. Le site précis de ce pèlerinage au pays de l’oubli reste incertain. Seuls quelques chasseurs qui fréquentent occasionnellement les lieux en ont connaissance.

Car ce cimetière sans corps, ce cénotaphe, sous le feuillage frémissant de la chênaie, se cache en un de ces lieux négligés, tourmentés, où nous n’avons aucune raison d’aller.

En ce début d’automne, rien de lugubre par ici. La lumière du matin traverse le bois en oblique, s’attarde sur une tôle d’aluminium déchiquetée, des brisures de plexiglas… Les dieux de ce canyon sauvage s’ébrouent encore dans une douceur qui s’attarde. Le rire du monde rend encore plus absurde la mort de ces jeunes garçons. Depuis le bas de la combe on peut pister l’accident à la trace : des engrenages, des boîtiers électriques, une balle de mitrailleuse, des fragments de carlingue… sont disséminés dans les mousses et la rocaille, regroupés par endroits.

Balle

L’épave a servi de casse, elle a été consciencieusement démembrée, les boscatiers sont devenus pour un temps ferrailleurs, récupérateurs et recycleurs ; un moteur a même été entreposé dans un abri sous roche puis finalement abandonné. Au ressac de la forêt, là où la roche est brisée et encore blanche de l’incendie, le train avant du Maraudeur. Les documents secrets de la forêt…  Après le coup de masse sur la montagne de novembre 44, le grand oiseau de fer disloqué et le déluge de feu qui s’est abattu sur la crête, le silence a de nouveau pris racine. En quelques décennies un vert paradis a déjoué la fatalité du brouillard et digéré le drame.

train avant

Pas de stèle par ici comme à Opoul-Périllos et à Tuchan, sur le Tauch où s’est écrasé  en janvier 1945, pour des raisons similaires, un Caudron C 445, type Goeland, avec trois membres d’équipage. Pas de stèle et c’est peut-être mieux ainsi. Pas de tentation pour des discours plein de suffisance politicienne. Pas de démagogie larmoyante, pas de cérémonie, de pompeux devoirs de mémoire, pas de clairon qui sonne… C’est bien mieux comme cela. Rien que le vent qui souffle sur les crêtes, le soleil et la pluie, une poignée de sangliers et quelques promeneurs égarés. Une lumière verte qui chasse tous les fantômes…

Rien d’autre, qu’un murmure, à la fois pesant et léger, qui égrène le nom des pilotes. Leur place est ici. Ils ont définitivement rejoint la forêt, le cercle extérieur du mythe.

Marc Pala.

Photographies: Robert Masquet.

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Lors de ses multiples recherches, Marc Pala a retrouvé sur le site Gallica,un article du journal Le Rappel en date du 27 décembre 1878. Ce texte numérisé provient de la collection de la Bibliothèque nationale de France et ne pouvant le rajouter à la brochure, nous le publions ici.
Cet article raconte une attaque de dilligence comme au far-west, mais dans nos Corbières maritimes!

On écrit de Narbonne au Messager du Midi pour lui donner des détails sur une arrestation à main armée qui a eu lieu le 18 décembre sur la route de Fraïssé-des-Corbières.

Les personnes dévalisées sont : MM. Adolphe Miquel, Ferdinand Gazaniol, Anselme Fabre, Hippolyte Fabre, tous de la commune de Fraïssé-des-Corbières et Alphonse Marty capitaine du 125° territorial de la commune d’Embrès.

Les voyageurs étaient partis en voiture pour Fraïssé : Quatre d’entre eux étaient placés dans l’intérieur, le capitaine armé de son sabre s’était mis à côté du postillon.

La voiture suivait le chemin de traverse allant de Sigean à Fraïssé par le château de Montpezat, chemin fort mauvais et peu fréquenté, lorsque arrivée à cinq ou six kilomètres de Sigean, elle fut assaillie par cinq brigands armés de fusils et de revolvers qui étaient en embuscade à gauche et à droite de la route.

Les uns tenant en joue le postillon et l’officier, les font descendre de leur siège, enlèvent le sabre à l’officier et le dévalisent.

Les autres, revolver au poing, font mettre pied à terre aux voyageurs placés dans l’intérieur, les fouillent et font main basse sur leur argent, leurs montres et leurs bagages.

Le coup fait, ils s’éloignent, ordonnant aux voyageurs de repartir sur-le-champ.

On a dit que ces malfaiteurs étaient des Espagnols.

Les recherches de la justice n’ont pas encore abouti.

 

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